Y’a-t-il des gens qui n’auront jamais le Covid ?

Y'a-t-il des gens qui n'auront jamais le Covid ?
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CORONAVIRUS – “Est-ce qu’il y a des gens qui n’ont jamais développé de symptômes depuis le début de la pandémie ? Oui. Est-ce qu’à terme, il y a des gens qui n’auront jamais le Covid ? Non.” Alors que le nombre de cas de coronavirus demeure une nouvelle fois élevée en France en ce début du mois d’avril, voici comme Bruno Lina, virologue et membre du Conseil scientifique évoque la situation de ceux qui pensent n’avoir jamais contracté le virus.

Car au cours de cette sixième vague, dont le pic se profile (le nombre de nouvelles contaminations a baissé pour la troisième journée consécutive ce lundi 4 avril), certains commencent à penser qu’ils pourraient échapper éternellement au Covid-19.

Une affirmation à laquelle le médecin répond au HuffPost en plusieurs étapes. Tout d’abord, il évoque la proportion de Français qui auraient été infectés sans pour autant développer de symptômes (avant la généralisation des tests) ou sans avoir été jugés parmi les 25 millions de cas positifs déclarés depuis le début de la pandémie. “Il va donc y avoir des gens qui vont rester asymptomatiques, et qui auront le sentiment qu’ils n’ont jamais été infectés”, explique-t-il.

Un virus qui arrivera partout sur la planète

Ensuite, il insiste sur la transmissibilité très importante du virus, qui provoque de nouvelles photos de contamination à chaque relâchement collectif de la vigilance. ”À terme, pour ne pas l’entrer, il faudrait qu’il soit isolé, ne rencontrer personne, décrit-il. Il y a peut-être des endroits sur la planète où il sera plus de temps à arriver, mais il y arrivera.

Au passage, Bruno Lina bat en brèche une idée qui revient régulièrement, à savoir qu’il pourrait être « positif » de contracter le virus maintenant de manière à être protégé à l’avenir. “Chaque fois que l’on peut éviter une infection, même si elle est bénigne, c’est mieux, insiste le virologue. Il n’y a jamais d’avantage sur le court terme à être infecté par un pathogène. Ce qu’il résume de manière triviale. « L’avantage d’être infecté, c’est que l’on est protégé contre ce pathogène. Mais si l’on n’est pas infecté, on est protégé aussi.

Avec toutefois une nuance qu’apporte Bruno Lina : “Ce qui peut être ‘intéressant’, et je mets énormément de guillemets autour de ce mot, c’est d’être infecté par un pathogène dont on sait qu’il est moins dangereux que les autres. En l’occurrence d’être infecté par la variante BA.2 qui circule en ce moment, c’est mieux par rapport à ceux qui circulaient courant 2020 ou 2021 et qui étaient bien plus dangereux. Or, et c’est pour cela qu’il ne peut croire au fait que certaines personnes échappent éternellement à la contamination, le médecin le rappelle : “Avec des virus qui circulent autant dans la population, on voit bien qu’ils finissent par toucher tout le monde.

Des organismes naturellement mieux armés pour résister ?

Reste que certains organismes pourraient être mieux armés que d’autres pour faire face aux infections. Bruno Lina évoque à cet égard les travaux en cours pour déterminer si certains patrimoines génétiques permettent d’éviter l’infection au Sars-CoV-2, une piste évoquée dès les premières heures de la pandémie, en 2020. Il rappelle d’ailleurs que c’est le cas de certains rotavirus (responsables de la gastro-entérite) qui ne deviennent pas à infecter des groupes sanguins bien particuliers. “Pour l’heure, que ce soit sur le génome, le système HLA ou le groupe sanguin, on n’a pas trouvé de preuve de cela en ce qui concerne le Covid-19”, assure-t-il néanmoins.

Vient alors une autre série d’hypothèses qu’évoque pour Le Huff Post, Cecil Czerkinsky, immunologiste et directeur de recherche émérite à l’Inserm. Lui imaginez toute une série de cas, qui devrait encore être prouvée, dans lesquels des mutations génétiques ou une réponse immunitaire spécifique rendraient les individus plus invites à éliminer le Covid. Cela ne veut pas dire qu’ils seraient immunisés, mais cela pourrait expliquer qu’ils ne développent jamais de symptômes voire qu’ils ne soient pas testés positifs.

Ce sont ces pistes que développe Zania Stamataki, une chercheuse spécialiste du Covid qui n’a jamais été testée positive en dépit d’un environnement où le virus a beaucoup circulé. Dans Le gardiencet immunologue balaye rapidement la possibilité de n’avoir jamais été en contact avec le virus pour développer l’idée d’une réponse plus efficace de certains organismes.

Lymphocytes T et protéines Spike

Elle évoque une première théorie, celle de lymphocytes T qui aurait déjà développé une forme d’immunité en combattant par le passé d’autres coronavirus que le Sars-CoV-2. Ce mémoire se rapportait ensuite efficace contre le Covid. Zania Stamataki rappelle que c’est ainsi que le corps apprend à lutter contre le rhume. En l’espèce, ces défenses préexistantes, renforcées par une première victoire de l’organisme sur le Covid, puis les différentes doses de vaccin, pourraient lui avoir fourni tout un “arsenal” le protégeant contre le Covid, avance-t-elle.

L’autre piste qu’évoquent conjointement Cecil Czerkinsky et Zania Stamataki suit, elle, un autre raisonnement et s’intéresse aux protéines Spike sur nécessitant le Sars-CoV-2 se fixe. Certains organismes en auraient moins à la surface de leurs cellules, ce qui diminuerait le nombre d’attaches potentielles du virus. Cela rendrait ces individus moins vulnérables à une infection. Pour appuyer sur sa réflexion, la chercheuse cite le fait que les enfants, qui présentaient moins de ces protéines, étaient moins développées de formes graves que les adultes.

Et Zania Stamataki va même plus loin, en avançant une hypothèse subsidiaire : et si certains organismes -dont le sien- avaient des protéines sur lesquelles le virus ne peut même pas se fixer ? Ce serait le fait d’un polymorphisme, soit l’expression différente de certaines protéines chez des individus. Une piste creusée dans un article de la revue Nature, avec des éléments probants. C’est d’ailleurs du fait d’un polymorphisme rare sur la protéine CCR5 que certaines personnes sont immunisées au virus du Sida.

De moins en moins de « jamais infectés » ?

Pour l’heure cependant, toutes ces pistes ne sont que des hypothèses et doivent encore être confirmées par la science. C’est ce que rappelle d’ailleurs Bruno Lina. Il note qu’en l’absence de données robustes pour soutenir l’une de ces théories, on ne se base pour l’heure que sur des ressentiments.

Et le membre du conseil scientifique d’ajouter que depuis le début de l’année 2022, “beaucoup d’individus qui avaient échappé au virus jusqu’alors n’y échappent plus”, le fait selon lui d’un relâchement certain des mesures sanitaires encouragés par les autorités. « Ou la protection collective est la somme de protections individuelles. Donc si le contexte général est au relâchement, certaines personnes peuvent se faire rattraper… » Le signe, comme il l’expliquait d’emblée, qu’à terme, tout le monde aura très probablement été au contact du Sars-CoV- 2, sans motivation à développer des symptômes.

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