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Un recueil épistolaire inédit de Marcel Proust éclaire sur sa relation avec un hôte bien étrange

À paraître jeudi chez Gallimard, Lettres à Horace Finalyson ami banquier, retrace le quotidien de l’écrivain avec un hôte parasite dont il a le plus grand mal à se débarrasser et qu’il hébergea entre 1918 et 1921.

C’est une anecdote méconnue de la vie de Marcel Proust qui ressurgit. Dans Lettres à Horace Finaly, recueil de vingt missives inédites qui paraissent jeudi aux éditions Gallimard, on apprend que l’auteur d’À la recherche du temps perdu a eu le plus grand mal à se débarrasser d’un hôte Suisse qu’il hébergea trois ans. C’est seulement avec l’aide du destinataire des lettres qu’il parviendra en 1921 à l’envoyer au Brésil.

Ce Finaly fut l’un des maîtres de la finance française à la Belle Époque et dans l’Entre-deux-guerres, dirigeant la Banque de Paris et des Pays-Bas (aujourd’hui BNP Paribas). Il avait réfléchi avec Proust dans l’un des meilleurs lycées de Paris, Condorcet. Rochat, en revanche, resta toute sa vie dans l’ombre. Sa date de naissance n’est pas connue. Cet immigré à Paris, « serveur au Ritz lorsque Proust le remarque en 1917 »est «sans doute natif de la vallée de Joux, dans le canton de Vaud» et le massif du Jura, à quelques kilomètres de la frontière française, décrit dans l’introduction l’écrivain Thierry Laget, spécialiste de Proust.

Le romancier à l’idée de le faire emménager chez lui, en 1918, «croyant d’une part qu’il restait quelques semaines seulement, d’autre part qu’il pourrait (lui) servir de secrétaire»écrit-il à Horace Finaly.

Lettres retrouvées

Mal lui en prit : Henri Rochat n’a pas la compétence. Et non content de s’accrocher au logement gratuit pendant près de trois ans, il paiera à tort et à travers l’argent de son hôte. On connaîtrait mal ce psychodrame sans les lettres à Finaly. Celles-ci refont surface à l’occasion d’une vente aux enchères en France en juin 2021, à la maison Aguttes. La Société des hôtels littéraires achète alors, pour 78.000 euros, ces lettres dans un volume qui avait été relié avec soin par la famille. « On ne s’y attendait pas du tout. Quand on me les a montrées, j’étais émerveillé», affirme Thierry Laget à l’AFP. Elles recèlent un autre scoop : les deux correspondants sont allés ensemble dans leur jeunesse à Douvres, seule incursion connue en Angleterre pour l’écrivain.

À lire Proust, on comprend combien Horace Finaly est d’une aide précieuse pour l’élimination d’un homme qui profite de ses largesses. “S’ennuyant chez moi, il a, à deux ou trois reprises, fait de petites fugues où il a malheureusement perdu non seulement l’embonpoint qu’il avait gagné à la maison, mais aussi tout l’argent que je lui avais donné, qui dominait aujourd’hui une petite fortune (presque équivalente à la mienne), et qu’ il a généreusement distribué à des poules”,» se désole le romancier, effaré par ses factures chez le tailleur.

“Ça le rapproche d’Albertine, qui se fait offrir des robes et autres vêtements de luxe”explique Thierry Laget, en référence à l’un des personnages compris dans la suite romane de Proust. «Il a beaucoup dépensé plus que Proust lui-même. C’était un dandy, qui ne lui a pas apporté autre chose que cette inspiration, quelques parties de dame et des soirées au piano».

Un départ pour le Brésil

Enfin, il trouve une place au sein de la Banque française et italienne de l’Amérique du Sud, à Recife (nord-est du Brésil). Proust se méfie d’un éventuel revirement de Rochat. Il écrit qu’il compte remettre ses ultimes subsides au capitaine du transatlantique, pour que-ci les transmette à la Suisse une fois qu’il aura largué les amarres. Pas avant.

Des généalogistes suisses se sont lancés sur la trace de cet homme qui porte un nom extrêmement courant. «Pour l’instant on ne l’a pas identifié. On n’a pas non plus son portrait. Mais comme on sait qu’au Brésil il montrait des photos de lui avec Proust, elles pourraient apparaître un jour»selon Thierry Laget.

Alors qu’on l’a longtemps cru mort en Argentine, on a découvert récemment que c’était dans les environs de Parnaiba (nord-est du Brésil), d’où il disparut en 1923. Rochat avait emporté jusque dans cette région tropicale des exemplaires dédicacés des romans de Proust, décédé en 1922.

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