trois questions sur la possible “chute” de la Station spatiale internationale évoquée par la Russie

trois questions sur la possible "chute" de la Station spatiale internationale évoquée par la Russie
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Une menace de 420 tonnes au-dessus de nos têtes ? Le directeur général de l’agence spatiale russe Roscosmos, Dmitri Rogozine, a affirmé samedi que la Station spatiale internationale (ISS) pourrait s’écraser sur Terre à cause des sanctions occidentales prises contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine.

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Au centre des préoccupations, le ravitaillement d’un module essentiel, qui pourrait très bientôt être perturbé, d’après Roscosmos, par les mesures prises contre le régime de Vladimir Poutine. Jusqu’ici relativement préservée des conflits terrestres, l’ISS reste au cœur des intérêts américains et européens et fait désormais l’objet de tensions inédites depuis son lancement à la fin des années 1990. Franceinfo fait le point sur cette crise géopolitique qui se déroule à 400 kilomètres d’altitude.

1Sur quoi repose cette alerte ?

Dans des messages envoyés aux agences spatiales américaine (Nasa) et européenne (ESA), le patron de Roscosmos dessine une désastreuse réaction en chaîne liée, selon lui, aux sanctions contre la Russie. Pour Dmitri Rogozine, ces mesures risquent en effet de perturber le fonctionnement des vaisseaux russes qui ravitaillent l’ISS. Problème : le module russe Zvezda, qui permet à la station de conserver son altitude, ne pourrait alors plus jouer son rôle vital.

Sur ce schéma de la Station spatiale internationale, le segment russe se trouve dans la partie inférieure de l'image. La majorité de la structure a été mise en orbite par la Nasa. (CNES)

“Le segment russe veille à ce que l’orbite de la station soit corrigée (en moyenne onze fois par an), y compris pour éviter les débris spatiaux”, a ainsi déclaré Dmitri Rogozine, qui a publié sur son compte Twitter samedi une carte du monde montrant la zone survolée par l’ISS – et où la station pourrait potentiellement s’écraser. Une large bande qui comprend les Etats-Unis, les pays de l’Union européenne et seulement une infime partie du territoire russe. Cette zone où pourrait s’écraser l’ISS n’a pas pu être vérifiée par franceinfo.

“Les populations des autres pays, notamment ceux dirigés par les ‘chiens de guerre’, devraient réfléchir au prix des sanctions contre Roscosmos”, a menacé Dmitri Rogozine, qui publie fréquemment sur les réseaux sociaux des slogans et des montages photo moquant l’Ukraine et son président. 

Depuis la mise en orbite du son premier module de l’ISS en 1998, Roscosmos a joué un rôle essentiel dans son agrandissement et sa maintenance. Trois à quatre fois par an, des fusées Soyouz décollent depuis le cosmodrome de Baïkonour (Kazakhstan), pour propulser les vaisseaux de ravitaillement de la station. Le dernier lancement de ce type a eu lieu le 15 février, soit neuf jours avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

2L’ISS peut-elle continuer à fonctionner sans la Russie ?

Ce n’est pas possible actuellement, mais ce scénario est activement exploré, par la Nasa notamment. Le 1er mars, l’agence spatiale américaine a en effet déclaré que des entreprises avaient proposé leurs services afin d’assurer le ravitaillement stratégique de l’ISS à la place de la Russie.

“Nos amis de SpaceX regardent comment améliorer nos capacités (en la matière), a par ailleurs déclaré Kathy Lueders, responsable des vols habités de la Nasa, en référence à l’entreprise du milliardaire Elon Musk déjà bien impliquée dans les programmes spatiaux américains. Le 21 février, un vaisseau cargo Cygnus, conçu par le conglomérat américain Northrop Grumman et le Français Thales, a livré 3 800 kilos de matériel à l’ISS. Selon ses concepteurs, ce type de vaisseau est tout à fait capable d’apporter le carburant nécessaire à la propulsion de la station. 


De son côté, l’Agence spatiale européenne se fait plus discrète, même si elle a assuré, dans un communiqué datant du 28 février*, “appliquer pleinement les sanctions” décidées par ses Etats-membres. La coopération spatiale avec Roscosmos a été partiellement mise sur pause, après le retrait du personnel russe de la base française de Kourou (Guyane) le 26 février. Quant au lancement du programme conjoint ExoMars, à destination de la planète rouge, il est “très incertain” qu’il puisse avoir lieu cette année, précise l’ESA.

3La station pourrait-elle causer des dégâts en retombant sur Terre ?

Dans le pire des scénarios, des chutes de débris sur Terre seraient en effet à craindre. Deux paramètres sont à prendre en compte. D’abord, la désintégration de la structure pose question. Avec ses nombreux modules et ses panneaux solaires mesurant 108 mètres par 73 mètres au total, l’ISS pourrait résister en partie à une rentrée dans l’atmosphère terrestre, à environ 80 km du plancher des vaches. Des engins spatiaux de taille bien moindre, comme un vaisseau cargo russe en 2015, et la station spatiale chinoise Tiangong-1 en 2018, ont déjà conduit à des pluies de petits débris dans l’océan Pacifique, sans causer de dommages.

L’autre inconnue de cette équation serait le point de chute de ces éventuels débris. Puisque la Terre est recouverte à 70% d’eau, il y a de très grandes chances pour que les restes de la station finissent au fond d’une mer ou d’un océan. C’est d’ailleurs le plan de la Nasa*, qui prévoit une “désorbitation”  puis un crash totalement contrôlés de l’ISS en 2031, au niveau du “point Nemo” dans le sud du Pacifique  une zone isolée utilisée comme cimetière d’engins spatiaux. Reste qu’en cas de désorbitation non contrôlée, la durée de redescente de l’ISS et son point de chute font l’objet d’intenses spéculations dans la communauté scientifique.

Si l’on ne connaît pas avec certitude les dégâts que causerait la chute de la station sur Terre, compromettre l’ISS serait un symbole fort. Depuis son lancement, plus de 250 astronautes venus de 19 pays s’y sont en effet succédé*, afin de mener des milliers d’expériences scientifiques inédites – un exemple de coopération internationale, initiée après quarante années de guerre froide.

*Tous les liens suivis d’un astérisque mènent vers des contenus en anglais.

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