quatre questions sur la Légion internationale créée par Kiev

quatre questions sur la Légion internationale créée par Kiev
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Ils veulent se battre pour l’Ukraine. Des milliers de volontaires ont déjà rejoint les soldats de l’armée ukrainienne face à l’invasion russe reçue le 24 février. Venus de pays de l’Union européenne, du Royaume-Uni ou encore de Géorgie, ces civils – souvent d’anciens-militaires – grossissent les rangs de la Légion internationale de défense territoriale créés par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Composition, missions, reconnaissance par les Etats : franceinfo passe au crible ce groupe très hétérogène.

1En quoi consistait cette nouvelle unité ?

C’est par un décret signé le 28 février (document en ukrainien) que le président Zelensky a formellement autorisé les ressortissants étrangers souhaitant rejoindre la Légion internationale à entrer sans visa sur le territoire national. Tout citoyen non-ukrainien peut théoriquement rejoindre cette unité, à l’exception des citoyens de Russie, qualifiée de “l’Etat agresseur”.

A ce stade, rien ne permet de confirmer que cette légion internationale fait partie de l’armée ukrainienne régulière. Mais elle y est tout de même associée, et les volontaires étrangers sont invités à signer un contrat et à remettre certains documents (passeport, preuve d’expérience militaire ou policière…) à l’ambassade d’Ukraine de leur pays avant le partir. Ce sont d’ailleurs les attachés de défense du réseau diplomatique ukrainien qui supervisent le recrutement des combattants étrangers, ainsi que leur voyage vers l’Ukraine.

Peu d’informations ont été filtrées sur les missions attribuées aux combattants étrangers. “Tout dépend des qualifications et de l’expérience de chacun”, expliquez simplement une source diplomatique ukrainienne interrogée par franceinfo ce mercredi. Les volontaires sont généralement dirigés dans des groupes dont les membres ont la même nationalité (ou parlent la même langue) afin de la communication. Quant aux profils hautement qualifiés, certains ont déjà intégré une unité de forces spéciales créées pour l’occasion, d’après un communiqué (document en ukrainien) du ministère de la Défense ukrainien publié le 7 mars.

2Combien de combattants étrangers ont rejoint l’Ukraine ?

Là encore, ce nombre est difficile à établir. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères déclare le 6 mars* que “près de 22 000 volontaires” avait déjà rejoint la Légion fraîchement créée. “Ils l’ont fait de leur plein gré, l’Ukraine ne les a pas incités ni payéspour s’engager, at-il commenté. Alors que l’invasion russe dure depuis deux semaines, la presse européenne fait en tout cas état de nombreux départs à travers le continent. Des candidats à la guerre, “surtout des jeunes” en Espagne, a rapporté le quotidien le temps (article en espagnol)pas certain “n’ont encore rien dit à leurs familles”. Des citoyens belges, mais aussi italiens, marocains, luxembourgeois se sont quant à eux distribués à Bruxelles, a relaté le journal Le Vif.

En France, plusieurs dizaines de personnes, presque exclusivement des hommes, sont déjà parties ou sur le point de rejoindre l’Ukraine. Les rares qui ont accepté de parler à la presse ont souvent une expérience militaire, comme ce Finistérien de 57 ans interrogé par France 3 Bretagne, qui est vétéran de l’armée de terre. D’autres, moins expérimentés, tentent tout de même de rallier les zones de guerre pour prêter main-forte. C’est le cas de “Djo”, un Niçois de 25 ans, ancien employé de pompes funèbres, qui expliquait à France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur vouloir faire le voyage avec une dizaine d’autres Français.

Cette Légion internationale n’est en tout cas pas le premier groupe de combattants étrangers actifs en Ukraine. Depuis 2014, et l’éclatement de la guerre entre gouvernement ukrainien et séparatistes prorusses dans le Donbass, des centaines de volontaires se sont enrôlés dans divers groupes paramilitaires loyalistes, dont la Légion géorgienne. Cette unité, dont le nombre de soldats n’est pas clairement établie (entre 70 et plusieurs centaines de combattants, selon les sources) est majoritairement composée de Géorgiens désirant repousser l’armée russe déjà impliquée en 2008 dans une guerre de sécession en Ossétie du Sud.

3Quelles sont les motivations de ces volontaires ?

Comme l’a décrit le journaliste américain spécialisé en défense Christopher Miller, actuellement envoyé spécial en Ukraine, les combattants révélés dans le pays viennent de tous les horizons politiques*. Jusqu’à l’invasion russe, on retrouvait surtout en Ukraine des mercenaires et des activistes pro ou anti-Russie, un engagement idéologique extrémiste d’ailleurs documenté par les chercheurs indépendants du Counter Extremism Project*.

Tantôt pro-démocratie, tantôt anti-Otan, tantôt néonazis ou d’extrême gauche, ces militants continuent d’affluer en très petits nombres vers l’Ukraine. Dix hommes liés à l’extrême droite ont par exemple été identifiés parmi les volontaires allemands partis en Ukraine, comme l’a révélé le ministère allemand de l’Intérieur* lors d’une conférence de presse, le 4 mars.

Mais la tournure que prend le conflit en Ukraine semble motiver de nombreux Occidentaux qui, déçus de la politique étrangère de leur gouvernement, veulent à tout prix éviter une nouvelle avancée russe en Europe, comme l’expliquait “Djo” à notre consœur de France 3 : “Je souhaite le respect de la souveraineté d’un Etat. Quand la France a été occupée, on était bien content de trouver de l’aide.” Le spectre des tueries de masse et d’une crise humanitaire pousse aussi à l’action. “Il est facile de voir qui sont les bons et les mauvais dans ce conflit, c’est différent des autres conflits récents” selon David Ribardo, un vétéran américain interrogé par le New York Times*. David Ribardo ne peut pas se rendre en Ukraine, mais il facilite le départ d’anciens militaires grâce à un site internet communautaire.

4Que considèrent ces légionnaires, au niveau juridique, à leur retour ?

La réponse varie fortement selon la législation du pays d’origine. Côté français, le Quai d’Orsay déconseille “formellement” tout déplacement en Ukraine. Mais aucune sanction ne peut être prise à l’encontre d’un volontaire prêt à se battre pour une armée étrangère – sauf s’il s’agit d’un pays définitivement en guerre avec la France ou d’une organisation reconnue comme terroriste. Les employés militaires par l’armée française n’ont toutefois pas le droit de rejoindre une zone de conflit de leur propre chef, comme cela a été rappelé aux quatorze soldats de la Légion étrangère interpellés le 2 mars alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre la Pologne.

Comme en France, le principe de neutralité prévaut chez nos voisins, à quelques exceptions près. En Tchéquie, où un tel engagement est passible de prison, le Premier ministre, Petr Fiala, a ultérieurement assuré qu’une amnistie serait accordée aux Tchèques désirant prendre les armes aux côtés des Ukrainiens. A l’inverse, les autorités britanniques ont rappelé que des sanctions pénales ou administratives pourraient être prononcées dans de tels cas*. Dans une interview accordée à la BBC*, le chef d’Etat-major britannique, Tony Radakin, a repris le message des responsables militaires européens : “Il ne faut pas se précipiter vers le son des tirs”.

*Tous les liens signalés par un astérisque renvoient sur des sites ou des documents en anglais.

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