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« On peut venir à bout de la douleur chronique sans médicament »


Le docteur Marc Lévêque est neurochirurgien et spécialiste de la douleur à Marseille.

photo Buchet Chastel

Le docteur Marc Lévêque, neurochirurgien et spécialiste de la douleur à Marseille est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la question de la psychochirurgie et de la chirurgie de la douleur, il vient de rédiger un livre (1) dédié aux 14 millions de Français qui serrent les dents au quotidien, à force de souffrance. « J’appelle ça le scandale de la douleur et du tout médicament, commence-t-il. Un Français sur cinq aujourd’hui souffre de façon chronique, sans trouver de ralentissement ailleurs que dans la surconsommation d’opioïdes et autres antidouleurs. Il existe d’autres méthodes pour en sortir. »

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Maladie auto-immune, la sclérose en plaques (SEP) peut se traduire par différents symptômes*, par poussées ou de façon plus diffuse selon les formes de la maladie. Cette pathologie, à laquelle la journée du 30 mai est dédiée à l’échelle mondiale, peut générer chez certains patients une telle gêne motrice, sensitive, cognitive, visuelle, sphinctérienne** et/ou psychique que les situations d’invalidité voire de handicap ne sont pas rares. Une bonne raison de s’informer sur la maladie et de se sentir épaulé, en utilisant notamment l’application « Ma vie avec la sclérose en plaques » ?

Tous égaux devant la douleur ?

On appelle certains des « durs au mal » ou des « durs à cuire », mais finalement, est-on tous égaux face à la douleur ? La fameuse échelle de 0 à 10 est-elle la même pour tous ? « Ah la belle question, sourit le médecin. La douleur varie chez chacun d’entre nous en fonction de notre génétique. Il y a même des gens qui ont une insensibilité à la douleur, analgésie congénitale. J’ai connu un patient, enfant, qui avait marché sur une vis, se l’était plantée profondément dans le pied, et ne grimaçait même pas. Par ailleurs, vous allez trouver mon propos sexiste, mais la sensation de douleur varie selon les sexes. Les femmes sont plus sensibles à la douleur, avec une sensibilité qui varie en fonction du cycle hormonal. »

Les femmes qui accouchent dans la douleur depuis la nuit des temps seraient plus vulnérables face à la douleur ? Le docteur Marc Lévêque risque de se faire quelques ennemis chez les féministes. « Le fait de souffrir ne protège pas contre la douleur, la douleur appelle la douleur, explique-t-il. Et d’ailleurs, il est tout à fait probable que les femmes, qui sont sensibilisées très tôt à la douleur avec les règles, les accouchements etc., ont un seuil plus bas à cause de ça. D’autres éléments extérieurs interviennent dans le fait de supporter mieux ou pas, le fait d’avoir mal : l’aspect social compte, les gens défavorisés sollicitent plus, les gens malheureux au travail aussi, ceux qui sont également seuls. »

La règle des 4S

Dans son livre, le docteur Lévêque explique que si l’on répond aux 4 S, sédentarité, solitude, surpoids, sénescence (vieillesse), alors la douleur chronique s’installe, s’amplifie et l’ultime réponse devient médicamenteuse. « Les médecins en général ont pris l’habitude, parce que la démographie médicale est au plus bas et parce qu’ils manquent de temps, de prescrire des antidouleurs systématiquement, comme un réflexe. Antalgiques, psychotropes, envisagent les médicaments les plus prescrits : le marché du médicament, c’est 62 milliards d’euros par an, selon le LEEM. (le syndicat pharmaceutique, NDLR) »

Pour sortir du tout médicament, le docteur Marc Lévêque décrit de nouvelles techniques pour dominer et combattre la douleur. Mais avant tout, il prône le sport-médicament, le bien nourrir, toutes les pratiques d’hypnose, de méditation, de thérapie cognito-comportementale, l’acupuncture, la sophrologie et la relaxation. Il pratique à Marseille les techniques de neuromodulation, la neurostimulation électrique transcutanée (TENS) appareils adaptés en milieu hospitalier. Les médicaments sont disponibles partout, mais ces techniques non médicamenteuses ne sont accessibles que dans les centres de la douleur, et encore pas tous. Il n’en existe que 300 en France, tous saturés. »

Le livre du docteur Lévêque est un plaidoyer pour « sauver » les gens qui défendent en silence. « Vingt heures seulement sont consacrées au thème de la douleur pendant les études de médecine, ce n’est même pas une spécialité reconnue à partie entière, alors que nous avons tous autour de nous des gens qui veulent et dont la vie est ralentie ralentie, altérée, dominée par cette souffrance. »

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