You are currently viewing Cette drôle de recul aux Etats-Unis qui plaît à la Bourse, Actualité des marchés

Cette drôle de recul aux Etats-Unis qui plaît à la Bourse, Actualité des marchés

Ce jeudi à la Bourse de Paris, jour de la publication du PIB des Etats-Unis pour le deuxième trimestre, le Environ 40 a réduit de 1,3%, pour clôturer à 6.339,21 points, en dépit de la contre-performance de poids lourds comme Airbus et TotalEnergies, qui font partie des très nombreuses entreprises à avoir publié leurs comptes du deuxième trimestre entre hier soir et ce matin, avant l’ouverture.

L’indice parisien, après une matinée pour le moins hésitant, a trouvé – contre toute logique apparente – à se requinquer dans le sillage de l’annonce, à 14 heures 30, d’une contraction « surprise » du PIB américain sur les mois d’avril à juin (-0,9% d’un trimestre sur l’autre en données annualisées), là où le consensus tablait sur une progression de 0,4%. Au vrai, la surprise n’est pas si grande. Si les économistes du consensus Bloomberg prévoyaient toujours de la croissance, le modèle GDPNow de la Fed d’Atlanta, l’une des antennes régionales de la banque centrale américaine, pointait, lui, vers une contraction du PIB.

Comme d’autres, l’économiste Bruno Cavalier, de la banque privée Oddo BHF, la verra venir cette contraction. En début de semaine, il rappelait que « le PIB réel avait déjà baissé au premier trimestre. Selon la définition commune mais critiquable, les Etats-Unis auraient été en recul au premier semestre… Curieuse reculée où l’emploi, le revenu et les dépenses ont continué d’augmenter. L’affaiblissement de l’économie américaine est indéniable, mais jusqu’en juin, il n’avait pas été assez fort pour provoquer un retournement du marché du travail, ni hélas pour réduire l’inflation. »

Une contraction sans recul, voilà qui plaît à la Bourse, surtout au lendemain de la décision de politique monétaire de la Fed et des déclarations faites par son président. Après avoir annoncé un nouveau relèvement de 75 points de base des taux d’intérêt de référence aux États-Unis, la banque centrale américaine, par la voix de Jerome Powell, a laissé entendre, hier soir, que le plus gros du resserrement monétaire avait été fait. « Jay » Powell a déclaré que « à un moment donné, il sera approprié de ralentir ». Les directeurs se définissent désormais dans une fourchette de 2,25-2,5 % et, dans ses déclarations, le banquier central en chef des Etats-Unis a clairement dit que les dernières projections de la Fed – celles de juin, qui indiquaient que les taux devaient se situer entre 3 % et 3,5 % d’ici à la fin de l’année – restaient le meilleur guide pour la politique monétaire américaine, même si la Fed, qui monitore de près l’inflation, ne peut clairement pas affirmer ce qu’elle décidera avec certitude lors de la prochaine réunion de septembre. D’ici là, deux nouveaux rapports sur l’évolution de l’indice des prix auront été publiés, celui de juillet et celui d’août.

En attendant, parmi les commentaires qui ont fait tilter les investisseurs, il y a celui – qui se retrouve dans de nombreuses réactions ce matin – selon lequel la Fed commence à constater des signes de refroidissement de l’économie américaine, soit exactement ce qu’elle cherchait à faire en pertinent les taux, pour calmer l’inflation, le tout en évitant autant que se peut de plonger l’économie en recul, sachant toutefois que le mandat de la banque centrale est la stabilité des prix, pas la croissance économique. La Bourse commence à se dire que si la Fed ne va pas trop loin dans les hausses de taux, la régression – la vraie, celle qui a détruit des emplois – sera finalement supprimée.

Du jamais vu en plus de 70 ans

Jusqu’à aujourd’hui, à chaque fois, depuis 1948, que le PIB des États-Unis s’est contracté pendant deux trimestres d’affiliation, cela a effectivement acté d’une régression, conformément à la définition largement adoptée. Mais cette fois, quand bien même les richesses créées dans la première économie ont reculé de 0,9 % au deuxième trimestre en données annualisées, après -1,6 % sur les trois premiers mois de l’année, le Bureau national de recherche économique (NBER) ne déclarera pas définitivement l’entrée en recul.

« La baisse annualisée est décevante mais ne signifie pas que l’économie est en recul. La baisse est en partie due à un énorme frein dû aux stocks, alors que la plupart des autres indicateurs coïncidents, notamment l’emploi, montrent une expansion continuedécrypte l’économiste Andrew Hunter, chez Capital Economics. Cela dit, les détails montrent que le taux plus élevé et l’inflation galopante pèsent sur la demande sous-jacente, et nous ne prévoyons qu’un rebond modéré du PIB au cours du deuxième semestre de l’année. »

« Le NBER serait la risée de tous s’il affirmait que nous sommes en recul alors que nous créons 400.000 emplois par mois »se moquait en début de semaine Dean Baker, cofondateur du Center for Economic and Policy Research, sur la chaîne de télévision financière américaine CNBC. « Je ne peux même pas imaginer qu’ils puissent penser une seconde que nous sommes en recul. »

Au cours des six premiers mois de l’année, les États-Unis ont créé, en moyenne, 457 000 postes non agricoles par mois, une dynamique difficilement associable à un retour économique. De plus, il y a 11,3 millions d’offres d’emplois non pourvus pour seulement 5,9 millions de travailleurs disponibles.


Leave a Reply