You are currently viewing une expansion (presque) sans limites

une expansion (presque) sans limites

En milieu urbain et périurbain

Le peuplement reste épars. Les villes et leurs alentours sont les zones d’expansion privilégiées par le moustique tigre, dont la femelle n’aime rien tant que les mini-surfaces d’eau stagnante où elle pond ses œufs. Dans les coupelles de pots de fleurs, dans les jouets de plein air ou dans n’importe quel recul pourvu qu’il soit humide.

La dynamique de progression doit beaucoup à son meilleur auxiliaire, l’homme. L’insecte a sauté de continent en continent en passager clandestin du ballet étourdissant du transport des personnes et des marchandises. « Il a notamment profité de l’exportation de pneus usagés. Sa montée en puissance remonte aux années 1980, qui coïncident avec l’explosion des échanges », rappelle Thierry Baldet.


Une femelle fécondée pond trois cents œufs tous les trois jours.

Pixabay

Sa propagation dans l’hexagone se poursuit par les principaux axes routiers. Il fait escale dans les agglomérations et leur périphérie à Marseille, à Lyon, à Toulouse, à Bordeaux comme à Paris. On ne l’en délogera plus. « Il y est inféodé à l’homme, mais il ne faut pas croire qu’il n’est pas adapté aux espaces ruraux. Dans son aire d’origine, on le préfère plutôt hors des villes. C’est vrai aujourd’hui au Brésil comme à La Réunion. Peut-être entre-t-il en compétition avec des espèces locales dans les forêts et les campagnes européennes, mais il n’est pas exclu qu’il s’y diffuse », poursuit le chercheur.

Interdit au pays des glaces

Le sort de la France ne présente peut-être de singularité. « Il est présent en zones tropicales et tempérées en Asie, Amériques, Afrique et Europe, dans plus de 150 pays ou territoires. En Europe il est signalé dans plus de vingt pays », est-il rappelé dans la présentation d’un congrès international sur le nuisible qui s’est tenu à la mi-mai à Montpellier et qui a rassemblé plus de 120 chercheurs et acteurs de la santé publique.

« Sa plasticité est remarquable. En Europe, il est capable d’entrer en diapause (une vie au ralenti, NDLR) en hiver. On le retrouve à la frontière du Canada et il ira jusqu’en Scandinavie. Sa limite, c’est l’isotherme zéro », précise Thierry Baldet. Bref, comme celle du rat brun quelques siècles plus tôt, la dispersion du moustique tigre est une success story remarquable, probablement dopée par les bouleversements climatiques.

Comme celle du rat brun quelques siècles plus tôt, la dispersion du moustique tigre est une success story remarquable

Quand on sait qu’une femelle fécondée pond trois cents œufs tous les trois jours, on peut légitimement s’interroger sur les moyens d’endiguer la marée. Les travaux de recherche vont bon train. Le Cirad et l’IRD (1) travaillent sur les moyens de biocontrôle à La Réunion. Ils passent par la dispersion dans la nature de mâles devenus stériles par irradiation. Au Cirad, on a testé la méthode sur une espèce voisine, Aedes aegypti, en ajoutant un biocide aux mâles relâchés. « On a obtenu 88 % de réduction des populations de moustiques de cette espèce dans les zones concernées. C’est encouragé mais le temps de la recherche est long », soupire le chercheur.

Leave a Reply