Renault se résout à tirer un trait sur son aventure russe

Renault se résout à tirer un trait sur son aventure russe
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La pression était devenue trop forte, et ne réagissait pas face à l’invasion russe en Ukraine n’était plus tenable. Le Groupe Renault – le constructeur automobile de taille mondiale le plus déployé dans le pays de Vladimir Poutine – a annoncé, mercredi 23 mars, dans la soirée, la suspension de son activité industrielle en Russie dans un communiqué de justice qui a suivi une réunion extraordinaire de son conseil d’administration.

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Il s’agit d’une annonce choc et majeure pour l’entreprise française, détenue à hauteur de 15,01 % par l’Etat, car Renault ouvre désormais la porte à un départ définitif de Russie. Or ce marché est l’un des plus importants pour l’ex-Régie, plus précisément son deuxième pays après la France en matière de ventes de véhicules (presque 500 000 immatriculations en 2021). Le groupe au losange y possède des activités en propre – une usine dans la capitale – et, surtout, il est propriétaire (à 67,7 %) du constructeur historique AvtoVAZ (marque Lada). Au total, la Russie ne représente pas moins de la moitié du résultat opérationnel de la division automobile de Renault.

La Russie, deuxième marché après la France

D’abord, pour ce qui concerne sa marque propre, « les activités de l’usine Renault de Moscou sont suspendues à partir de ce jour », indique le constructeur français dans son communiqué. Le site moscovite, qui a produit quelque 80 000 véhicules en 2020, était arrêté depuis le 29 février par manque d’approvisionnement, et n’avait repris ses opérations que ces trois derniers jours, après l’arrivée d’un lot de pièces. « L’entreprise a terminé les voitures qui étaient en cours de fabrication, elle a vidé les lignes, puis tout fermé »détaille un bon connaisseur de l’entreprise.

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En ce qui concerne le tri des activités proprement russes, la situation est nettement plus compliquée. « Le groupe propose les options possibles concernant sa participation dans AvtoVAZ, tout en agissant de manière responsable envers ses 45 000 salariés en Russie », explique prudemment Renault. Ce n’est pas dit clairement, mais le groupe tricolore semble bien chercher une porte de sortie définitive pour ces installations qui peuvent produire environ 400 000 véhicules par an. Sauf que, selon une source interne, il y a une impasse : « Se séparer de la participation de Renault dans AvtoVAZ est un casse-tête : les transactions financières avec la Russie sont interdites, mais il n’est pas question de lâcher l’entreprise pour rien, après tout ce que nous y avons entrepris. »

C’est en 2008 que, parrainé par Vladimir Poutine et Carlos Ghosn, Renault entre au capital du constructeur russe. D’abord à 20 %, pour arriver progressivement aux deux tiers des parts. Le groupe a investi près de 2 milliards d’euros dans l’entreprise. Il a modernisé les deux sites industriels (Izhevsk et l’usine géante de Togliatti, qui emploie 35 000 personnes), il a rajeuni et modernisé la gamme, il a rationalisé l’organisation industrielle, apportant le savoir-faire et l’organisation de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. L’ancien combinat est devenu louable à partir de 2017, tout en s’arrogeant une part de marché de 28 %.

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