You are currently viewing Pourquoi le moustique tigre trouve “un contexte favorable” à son développement autour de Toulouse

Pourquoi le moustique tigre trouve “un contexte favorable” à son développement autour de Toulouse

Humidité, chaleur, et habitat pavillonnaire : le moustique tigre trouve à Toulouse et en Haute-Garonne tous les ingrédients pour s’installer, lui et sa (très) grande famille…

Une décennie déjà qu’il pourrit nos chaudes soirées, et qu’on le traque au quotidien. En cet été 2022, on célèbre un drôle d’anniversaire : les dix ans de la découverte du premier tigre moustique un Toulouse. Le nocif en effet montré patte blanche pour la première fois dans la Ville rose en 2012, huit ans après sa première apparition en France métropolitaine, du côté de Menton (Alpes-Maritimes). , outre le Sud, il a colonisé la quasi-totalité de la France : « Après le Morbihan l’an dernier, les grosses chaleurs en Bretagne cet été devait le pousser jusqu’au Finistère », prévient déjà Jean-Sébastien Dehecq, entomologiste médical et ingénieur sanitaire à l’ARS Occitanie. Avec une piqûre de rappel à la clé : une fois qu’il est là, il y reste.

« Dans le Top 5 des plus pénibles au monde »

« On a tenté de lutter contre, mais c’est une des espèces de moustiques les plus envahissantes au monde », appuie Grégory L’Ambert, entomologiste médical à l’EID (Entente interdépartementale pour la démoustication) Méditerranée.

“Sur 3 500 espèces de moustiques, il est dans le Top 5 des plus pénibles”.

Grégory L’AmbertEntomologiste médical à l’EID Méditerranée

À Toulouse comme ailleurs, le schéma d’implantation de la moustique tigre est le même : après son introduction, sa présence « monte en puissance, jusqu’à atteindre un palier. Comme ce sont des parasites, ce n’est pas une espèce qui va se réguler elle-même. Si vous mettez 500 seaux d’eau dans le jardin, vous aurez probablement des larves dans les 500, et vous aurez alors créé un insectarium géant », prévient Grégory L’Ambert, qui dispense aussi ses conseils pour lutter contre sa prolifération.

« Un contexte toulousain favorable à la nuisance »

« Pour que le moustique tigre s’implante et se développe, il lui faut de la chaleur et de l’humidité », résume Grégory L’Ambert. « Et on sait qu’à Toulouse, il se développe bien, il prolifère ».

“Avec une conjonction de chaleur et d’humidité, il y a un contexte toulousain assez favorable à la nuisance, dans les zones pavillonnaires”.

Grégory L’Ambert

« On lui donne le gîte et le couvert »

« Le moustique ne sait bien évidemment pas s’il est à Nice, Lyon, Marseille ou Toulouse. Mais ce dont il va avoir besoin, ce sont des points d’eau réguliers, des chaleurs raisonnables et de l’humidité ».

“Il y a autour de cette ville des secteurs assez humides et cela peut clairement contribuer au fait qu’on est ennuyé plus souvent (par le moustique tigre, ndlr) à Toulouse qu’à Montpellier”.

Grégory L’Ambert

Dans la Ville rose et sa périphérie se trouve donc le parfait combo entre « présence de chaleur, de végétation », et surtout « de l’eau apportée par l’homme… » Car pour Grégory L’Ambert, « on lui donne le gîte et le couvert ».

D’après l’ARS, « 302 communes sont désormais colonisées par le moustique tigre en Haute-Garonne, représentant 92 % de la population : soit toute l’agglomération de Toulousemais aussi Muret, Saint Gaudens… » Seul résiste réellement le Haut-Comminges, jusqu’à quand ?

Vidéos : en ce moment sur Actu

Moins de moustiques en hypercentre que dans les quartiers périphériques

Si l’hypercentre de Toulouse est a priori moins touché par le phénomène que les quartiers périphériques et les communes limitrophes, ce ne serait pas tant à cause de la pollution, que du fait de la densité urbaine : « Dans des espaces plus minéralisés, où l’habitat est davantage collectif, il y a moins de gîtes pour les moustiques, qui préfèrent l’habitat pavillonnaire », juge Grégory L’Ambert.

Mais d’autres lieux plus insoupçonnés, où l’homme apporte régulièrement de l’humidité, font également les beaux jours des moustiques : « Dans les cimetières, par exemple, il y en a beaucoup ». L’eau des fleurs et les coupelles laissées devant les tombes font en effet leur pain quotidien…

« Le moustique tigre va surtout trouver son bonheur dans le jardin des maisons », poursuivre-il. « Si l’eau persiste au moins une semaine, les larves vont se développer intégralement et donner des adultes ». Et à partir de là, l’intrus et sa (grande) famille d’intrus s’installent chez vous… à vie !

« Un moustique tigre se déplace très peu »

Comme le résume Grégory L’Ambert, la femelle moustique vit au rythme d’un sacré cercle vicieux : « Elle pique pour prendre du sang, et pouvoir pondre derrière ». Si elle ne vit « que deux à trois semaines », elle peut pondre dans sa (courte) existence jusqu’à 800 à 900 œufs… Et manque de bol, si le moustique est gourmand, c’est aussi un sacré fainéant :

“Un moustique tigre se déplace très peu : il ne fait que 50 à 100 mètres dans toute sa vie. En clair, il ne se déplace que d’une maison ou deux. Donc si on est envahi de moustiques, il faut avant tout regarder dans son jardin ou autour de chez soi”.

Jean-Sébastien DehecqEntomologiste médical et ingénieur sanitaire à l’ARS

Là où ça se complique, c’est que la lutte contre le moustique tigre repose aussi sur le bon vouloir du voisinage, comme le souligne Grégory L’Ambert : « Si vous faites très attention dans votre jardin, mais qu’à côté, les habitants ont disposé 200 bidons d’eau dans leur jardin, c’est perdu d’avance… Il faut essayer de mener une lutte collective et incite ses voisins à en faire de même ».

Y at-il des heures où il pique le plus ?

Et si les habitants ont le sentiment d’être plus piqués en fin d’après-midi, c’est (en partie) vrai, selon le spécialiste de l’EID : « Le moustique tigre a un pic d’activité peu après le levier du soleil, puis en fin d’après-midi et peu avant le coucher du soleil ». Soit grosso modo, « quand l’humidité remonte et quand la température redescend un peu ». Mais quand la température grimpe, il reste à l’abri…

Si « la notion de nuisance est très subjective », Jean-Sébastien Dehecq estime même que « les fortes chaleurs qu’on a connues dès le mois de juin ont peut-être affaibli les populations ». Car si « la canicule en elle-même n’est pas négative pour les moustiques, qui sauront toujours trouver un peu de fraîcheur, ils se soucient surtout du manque d’eau, puisqu’ils ne peuvent pas pondre ».

La mairie a « multiplié les campagnes de sensibilisation »

« Il n’y a pas de solution miracle » pour éliminer l’ennemi juré des amateurs d’apéros d’été, argumente Jean-Sébastien Dehecq. Les autorités s’évertuent surtout à appeler les habitants à la vigilance, pour tarir la moindre source qui permet la démultiplication du nuisible. La mairie de Toulouse a fait remarquer que depuis l’arrivée du moustique tigre en 2012, elle a « multiplié les campagnes de sensibilisation des habitants à l’élimination des eaux stagnantes, pour empêcher la prolifération de cet insecte dès lors qu’il rencontre des conditions favorables (eau, proie, caches de verdure) ».

“L’ensemble des services municipaux et métropolitains sont également mobilisés et formés pour lutter contre leur multiplication dans les espaces publics et pour orienter et informer les habitants qui le demandent”.

La mairie de Toulouse

Malgré les années qui passent, à mi-juillet, selon la municipalité, Allô Toulouse avait encore été sollicité 71 fois depuis le début de l’année, contre 127 en 2021 et 160 en 2020, pour « signaler la présence de moustiques tigres et la nuisance qu’elle constitue ».

Quand y at-il démoustication massive ?

Les campagnes de démoustication massifs – à base d’insecticides – sont désormais très exceptionnelles, et ne sont plus autorisées dans leur immense majorité que pour des raisons sanitaires, lors d’apparition de cas de dengue ou de chikungunya, ou encore zika, puisque « le moustique tigre peut transmettre une centaine de virus de la sorte », indique Jean-Sébastien Dehecq.

Une situation a toutefois fait l’objet d’une exception en Occitanie, début juillet 2022 sur la côte méditerranéenne, où une prolifération inédit fait fuir les touristes en masse : « Le Grau-du-Roi (Gard) a fait l’objet d’une dérogation, après validation de toutes les instances administratives, car l’invasion des moustiques menaçait toute l’économie locale », selon Grégory L’Ambert.

Une seule campagne de démoustication à Toulouse en 2022

Après le signalement d’un cas importé de maladie, l’autorité sanitaire dispose de 72 heures pour effectuer une démoustication. À Toulouse, d’après la municipalité, une seule campagne a été conduite cette année, en juin dernier. L’ARS corrobore les faits : « Une campagne de démoustication a été effectuée le 23 juin dernier, sur deux sites de Toulouse, deux jours après le signalement d’un cas importé de dengue ». Les deux sites ont été créés par un même habitant de la Ville rose, qui rentrait d’un séjour en Indonésie : l’hôpital Purpan, où il a été admis, et le quartier Empalot, où une démoustication a été effectuée « dans un rayon de 150 mètres autour de son lieu de résidence ».

Aucun décès lié au moustique tigre, à ce jour, en Haute-Garonne

À ce jour, aucun décès lié au moustique tigre et à l’une des maladies qui véhicule, n’a été remplacé en Haute-Garonne, d’après l’ARS. Grégory L’Ambert, qui fut aussi coordinateur national de la surveillance du moustique tigre en France métropolitaine pour le ministère de la Santé, se veut rassurant sur les risques de contracter la dengue ou le chikungunya, après une piqûre : “Ce ne sont pas des maladies qui circulent naturellement dans nos régions, elles peuvent simplement arriver chez nous par un voyageur qui revient de l’étranger et ramène le moustique, qui va ensuite piquer d’autres personnes”. “Et contrairement à l’Hérault ou au Gard”, ajoute Jean-Sébastien Dehacq, “il n’y a encore jamais eu en Haute-Garonne, de cas autochtones dans le département, ce sont seulement des cas importés”.

Très peu de cas de dengue ou de chikungunya cette année

Au 20 juillet, ce Toulousain rentré d’Indonésie avec la dengue est d’après l’ARS « le seul cas importé de maladie lié au moustique tigre en 2022″. Un chiffre en net recul, puisqu’au printemps dernier, sur le seul mois de mai 2021, il y en avait déjà cinq…

Contrairement aux années précédentes également, il y a peu de cas de dengue et de chikungunya cette année ailleurs dans la région, « car il n’y a pas d’épidémie majeure dans les Antilles ou à la Réunion », fait observer Jean-Sébastien Dehecq , qui se veut toutefois prudent : « On sait que le pic va arriver début août, avec des touristes rentrés d’Outre-mer, d’Indonésie ou d’Afrique ».

“Chaque année, il y a en moyenne une quarantaine de cas de maladies importées en Haute-Garonne, surtout de la dengue, et essentiellement en août et septembre, quand il y a les plus grands flux de retours de vacances”.

Jean-Sébastien Dehacq

Par effet domino, il y a donc eu dans les quartiers de Toulouse, beaucoup moins de campagnes de démoustication forcées en 2022 que ces dernières années… « La meilleure solution pour lutter contre le moustique tigre, c’est encore d’éviter d’être piqué », soutient Grégory L’Ambert, qui appelle à « lutter contre les gîtes larvaires », et prend le problème à la source : pas d’eau, pas de moustique.

Cet article vous a été utile ? Sachez que vous pouvez suivre Actu Toulouse dans l’espace Mon Actu . En un clic, après inscription, vous y retrouverez toute l’actualité de vos villes et marques favorites.

Leave a Reply