Papier toilette, essuie-tout, mouchoirs : augmentation du prix ou pénurie, voici à quoi s’attendre

Le papier toilette fait partie des produits sur lesquels les Français se sont rués pendant la pandémie face au risque de pénurie.
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Le papier toilette fait partie des produits sur lesquels les Français se sont rués pendant la pandémie face au risque de pénurie. (©Johann Foucault / actu.fr)

C’est Michel-Edouard Leclerc lui-même qui le dit : le prix du papier toilette va « augmenter considérablement ». Le président du Comité stratégique des centres E.Leclerc l’a glissé récemment dans les médias.

Une situation qui concerne tous les papiers d’hygiène (mouchoirs en papier, essuie-tout…). Dans ce contexte, faut-il craindre une pénurie ? Eléments de réponse avec des professionnels du secteur.

L’augmentation des prix, conséquence directe de la guerre en Ukraine ?

Le début de l’invasion russe en Ukraine, le coût des matières premières et de l’énergie s’est envolé, provoquant une flambée des prix dans de nombreux secteurs. Celui du papier n’y échappe pas.

« Depuis le 24 février dernier et le début de la guerre en Ukraine, le prix des énergies, et en particulier du gaz, a drastiquement augmenté, continuant de fragiliser la situation économique de notre industrie », constate un porte-parole d’Essity, groupe international spécialisé dans l’hygiène et la santé, qui produit des marques comme Lotus, Tempo, Nana…

Ou pour fabriquer du papier d’hygiène, il faut de l’électricité pour les machines, du gaz pour celles qui sèchent le papier. Sans oublier la pâte à papier, elle aussi en forte augmentation, des emballages, qui ont peu augmenté, et le transport, mis à mal avec l’augmentation des carburants.

Une augmentation des prix bien avant l’Ukraine

Mais l’enlisement du conflit Ukraine-Russie ne suffit pas à expliquer à lui seul la situation. Car cette flambée des prix était déjà constatée bien avant le début de la guerre.

« Depuis un an en réalité, la hausse des coûts de l’énergie est liée à la hausse du prix du gaz russe, déjà en lien avec la situation en Ukraine », décrypte Paul-Antoine Lacour, délégué général de l’Union Française des Industries des Cartons, Papiers et Celluloses (Copacel).

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En un an, au total, les coûts dans le secteur du papier hygiénique ont augmenté de 20 à 40% et la tendance haussière continue.

Paul-Antoine LacourDélégué général de l’Union Française des Industries des Cartons, Papiers et Celluloses (Copacel)

En un an, l’entreprise Essity constate ainsi un « coût de l’électricité multiplié par 2, celui du gaz par 4, le coût de la pâte à papier à pris +70 %. Ou, ces éléments sont les composants essentiels intervenant dans la fabrication des papier toilette, mouchoirs et essuie-tout. »

Aussi un contrecoup du Covid ?

Avec la crise sanitaire, le secteur avait déjà connu des difficultés mais surtout d’ordre logistique, dont certaines perdurent avec le rebond économique post-covid.

On constate encore des difficultés dans le transport maritime, parfois désorganisé, qui peut créer de l’allongement dans les délais de livraison.

Paul-Antoine LacourCopacel
Au Theil-sur-Huisne, Essity produit notamment des essuie-tout et du papier toilette.
Production de papier toilette chez Essity, au Theil-sur-Huisne (Orne). (©Archives/Le Perche)

De combien ça va encore augmenter ?

Impossible de chiffrer précisément quelles vont être les augmentations auxquelles il faut s’attendre. « La pâte à papier va sans doute continuer à augmenter encore un peu, reconnaît Paul-Antoine Lacour, mais il est impossible de savoir quelle va être l’évolution des coûts de l’énergie dans le contexte géopolitique actuel. En tout cas, il n’y a pas de signaux d’une baisse des coûts d’ici la fin de l’année. »

De son côté, Michel-Edouard Leclerc avance quelques estimations, d’ordre général :

Dans tous les rayons, ça va bouger entre 0,5 et 15%. En moyenne, c’est +3,5% dans tous les magasins de France sur les 2-3 mois qui viennent.

Michel-Edouard LeclercPrésident du Comité stratégique des centres E.Leclerc

Est-ce qu’il faut s’attendre à une pénurie ?

Question sempiternelle qui ressemble à un cercle vicieux. Plus on parle d’augmentation des prix, plus les consommateurs font des stocks. Les rayons se vident et donnent l’image d’une pénurie. Pénurie qui, même sans être avérée, incite davantage à se ruer sur les produits pour faire des stocks, comme ce fut le cas pendant la crise sanitaire.

« Aujourd’hui, en France, il n’y a pas de pénurie et de risque de pénurieet je n’anticipe pas de pénurie importante sauf à ce que les consommateurs ne la déclenchent eux-mêmes en surstockant », a ainsi indiqué Michel-Edouard Leclerc, dimanche, en faisant référence à l’ensemble des produits pouvant être distribués dans les supermarchés, papier toilette et produits alimentaires compris.

Un avis partagé également par Paul-Antoine Lacour, pour la partie papier d’hygiène.

« Pas de risque de pénurie, ni de ruée se manifeste de la part de nos clients », constate-t-on aussi au sein des magasins du groupe carrefour.

Alors que chez Lidlon recommande de limiter ses achats, notamment en huile et en papier toilette, afin « d’éviter les phénomènes de ruées que nous avons connus sur ces produits lors du premier confinement », a récemment indiqué l’enseigne à notre rédaction Actu Toulouseprécisant qu’« il n’y a pas de pénurie à date ».

Lors du premier confinement, les clients s'étaient jetés sur le papier toilette alors qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter.
Lors du confinement, les clients s’étaient jetés sur le papier toilette alors qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. (©Timothée l’Angevin/Actu Rennes)

Peut-on réduire les coûts ?

Les consommateurs sont-ils condamnés à payer toujours plus cher un produit d’hygiène qui reste indispensable ? Sans doute.

Les fabricants de voitures désormais comme Essity doivent couvrir leurs coûts, « augmenter les tarifs auprès de nos clients de la grande distribution de façon significative. Compte tenu de l’ampleur des augmentations, nous ne pouvons plus absorber seuls ces coûts supplémentaires comme nous le faisons depuis plus d’un an. » Entre les fabricants et les distributeurs, les négociations vont bon train.

Et en bout de chaîne, soit l’augmentation est répercutée à tous les niveaux, jusqu’au prix en rayon, soit le fabricant et le distributeur n’arrivent pas à se mettre d’accord.

Dans ce cas, et ce serait la seule situation où l’on verrait les linéaires se vider, si les négociations se passent mal, la seule option peut être un arrêt d’usine, pour éviter de travailler à perte. C’est déjà arrivé dans plusieurs pays d’Europe.

Paul-Antoine LacourCopacel

Augmentation à tous les niveaux

Une situation qui n’est pas franchement encouragée pour le budget des ménages. Surtout qu’il n’y a pas que ce poste de dépenses qui est affecté, entre les produits alimentaires, les vêtements, les carburants, l’électricité, le gaz…

« La guerre en Ukraine va éventuellement rajouter une couche à partir de l’été, si le conflit persiste », a révélé Michel-Edouard Leclerc.

Pas très rassurant.

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