Modes de transmission, patients concernés, prévention… Les questions soulevées par les cas récents de variole du singe

Modes de transmission, patients concernés, prévention... Les questions soulevées par les cas récents de variole du singe
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Plusieurs dizaines de cas de cette maladie rare originaire d’Afrique ont été recencés en Europe depuis début mai.

Après le Royaume-Uni, le Portugal, l’Espagne, et même le Canada et les États-Unis qui ont indiqué mercredi avoir détecté sur leur sol des personnes rencontrées de la variole du singe, l’Italie a découvert à son tour un premier cas chez elle ce jeudi, tandis qu’en France, un premier cas suspect a été détecté en région parisienne.

La variole du singe est une maladie rare normalement cantonnée au continent africain. Caractérisée par ses impressionnantes pustules, elle se transmet lors de contacts rapprochés, ou d’échanges de fluides corporels.

Que sait-on de cette maladie ?

“La variole du singe est un voisin de la variole, connue depuis des décennies avec des épidémies qui arrivent d’Afrique de l’Ouest mais dont on parle peu”, explique pour BFMTV Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, dans les Hauts-de-Seine.

Antoine Gessain, responsable de l’unité d’épidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes à l’Institut Pasteur, est un des rares en France à s’intéresser à la maladie. Pour BFMTV.com, il éclaircit :

“La maladie est d’origine africaine. Elle a pour réservoir des rongeurs. Il existe deux variantes. Un en Afrique de l’ouest, moins sévère, c’est celui dont on parle actuellement, et une autre souche plus létale en Afrique centrale “.

Et de préciser : “C’est globalement une maladie peu étudiée qui se développe souvent dans des situations sanitaires et socioéconomiques difficiles”. Le premier cas signalé en Europe ces derniers jours vient du Royaume-Uni, probablement contaminé par un patient zéro en provenance du Nigeria.

La variole du singe est-elle une IST ?

Antoine Gessain, de l’Institut Pasteur, rassure, “C’est une maladie qui se transmet peu et qui ne présente pas de risques majeurs sauf dans des zones exposées comme là ou elle sévit habituellement”.

Au sujet de sa transmission, l’OMS explique qu’elle se produit principalement par les particules des gouttelettes respiratoires et nécessite en général un contact face à face prolongé avec une personne contaminée. Voilà qui rend donc sa transmissibilité assez faible, explique Antoine Gessain. “Ce n’est pas du tout comme le Covid qui stagne dans l’air”.

Pour autant, il convient de faire attention. En effet outre les maux de tête et autre fièvre que la variole du singe peut entraîner, le virus est aussi suivi par une période d’éruptions cutanées similaires à la varicelle. Les liquides qui peuvent se libérer de ces lésions cutanées sont contagieux. Ainsi, si vous touchez par exemple la poignée d’une porte qui a été en contact avec un malade, vous risquez une contamination à votre tour.

Y at-il un profil type de patient ?

Quid de la transmission communautaire dont il est question au Royaume-Uni ? En effet, cette flambée des contaminations en Europe s’accompagne d’une crainte qu’elles résultent de rapports sexuels entre hommes. Sur ce point, Antoine Gessain précise :

“Ce n’est pas une maladie transmissible sexuellement transmissible. Les données actuelles ne permettent pas d’établir une transmission sexuelle dans la mesure où en Afrique rien n’a été étudié à ce propos. Jusqu’à présent, ce virus n’avait jamais intégré une communauté à risque important de transmissions sexuelles comme ici ».

Autrement dit, c’est un point nouveau que les spécialistes de la maladie découvrent. Là-dessus, l’infectiologue Benjamin Davido a rebondit :

“C’est comme ça qu’on a décelé le virus du VIH il y a un peu plus de 30 ans. On s’était aperçu qu’il y avait une consommation excessive d’antibiotiques qui touchait particulièrement des personnes qui avaient des relations sexuelles entre hommes”.

Comment s’en protéger ?

Aujourd’hui, nous ne savons rien sur ce mode de transmission communautaire. Bien qu’observé, il est actuellement à l’étude. À Genève, Ibrahima Socé Fall, directeur général adjoint de l’OMS pour les interventions d’urgence, a déclaré :

“Nous observons des transmissions parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes”, ce qui est “une nouvelle information que nous devons étudier convenablement pour mieux la dynamique” de transmission”.

À noter que tous les profils peuvent être potentiellement concernés. “La variole du singe touche une catégorie de personnes qui ont des rapports entre hommes mais qui peuvent très bien avoir des rapports avec des femmes”, précise Benjamin Davido.

Que faire pour éviter d’être contaminé ? “Une des premières choses c’est d’avoir des rapports sexuels protégés”, estime Benjamin Davido, qui rappelle que les muqueuses contaminées sont extrêmement contagieuses.

Mais cela ne fait pas tout, puisque le contact physique avec une personne malade expose aussi à la contamination.

Alors pour le reste, pour Antoine Gessain, nul besoin de vaccin, au regard de la faible dangerosité de la maladie. En revanche, il faut “isoler les cas identifiés pour la circonscrire au plus vite”, préconise-t-il.

Se dirige-t-on vers une épidémie ? “Ce qui est inédit, c’est qu’à chaque fois qu’on a vu des cas, c’était de manière sporadique. Ils se limitaient à un territoire. Or là, la variole du singe est présente sur différents continents”, se questionne Benjamin Davido.

Pas de quoi s’alarmer non plus, pour le responsable de l’unité d’épidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes à l’Institut Pasteur, pour qui “il n’y a pas beaucoup de risque d’une grande pandémie”.

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