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« L’intégralité des malades est entrée en rémission, sans effets secondaires sévères » – Libération

L’utilisation de l’anticorps dostarlimab a permis à 18 patients atteints d’un cancer colorectal d’arriver à une guérison, selon une étude publiée dimanche aux Etats-Unis. Jean-Baptiste Bachet, oncologue à la Pitié-Salpêtrière, décrypte les avancées que peut offrir cette thérapie.

Un essai clinique révolutionnaire ? Publié dimanche dans le Journal de médecine de la Nouvelle-Angleterre, un essai clinique mené aux Etats-Unis sur 18 patients atteints d’un cancer colorectal a obtenu des résultats stupéfiants : 100% de guérison. Une révolution à nuancer puisqu’elle ne concerne qu’environ 5% des cas de cancer rectal localement avancé, explique Jean-Baptiste Bachet, médecin dans le service d’hépato-gastroentérologie et oncologie digestive de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, qui a répondu à Libération.

A quoi correspond cet essai clinique ?

Il concerne 18 patients atteints d’un cancer du rectum qui, pendant six mois, ont reçu une dose de dostarlimab toutes les trois semaines. Les 14 malades qui ont terminé les six mois de traitement avaient tous une réponse clinique complète, endoscopique et aux examens d’imagerie, la tumeur avait disparu ! Le dostarlimab est un anticorps anti-PD1, qui rentre dans le cadre de l’immunothérapie : en inhibant les mécanismes de défense tumorale et en activant le système immunitaire, il aide le corps à lutter par lui-même contre le cancer. A l’heure actuelle, 14 patients ont été guéris et 4 sont encore en cours de traitement. L’intégralité des malades testés durant cet essai est entrée en rémission, sans effets secondaires sévères.

C’est une surprise ?

Non, ces résultats étaient tout à fait attendus par rapport à ce que l’on connaissait déjà, ce qui n’empêche pas qu’il s’agisse d’une révolution même si cela ne concerne que 5 % des cancers rectaux. Ces cancers du rectum sont moléculairement caractérisés comme étant déficients en enzymes de réparation des mésappariements de l’ADN (dMMR) et par une instabilité des séquences microsatellites (MSI). Ils ont tendance à être moins sensibles à la chimiothérapie et à la radiothérapie, ce qui augmente le risque qu’un traitement chirurgical soit nécessaire. Malheureusement, la chirurgie peut entraîner des conséquences importantes sur la santé : sur le système digestif, intestinal mais aussi des dysfonctionnements sexuels.

Donc évidemment c’est une révolution pour les 5% de patients qui ont des cancers du rectum MSI et cela sera probablement également une révolution pour les 15% de patients qui ont un cancer du côlon MSI !

Il s’agissait donc d’un mode de traitement déjà connu ?

Oui, cela faisait trois ans que nous essayions de monter cet essai en France. En pratique, ces anticorps ont démontré une efficacité très importante chez les patients avec un cancer colorectal métastatique MSI et ça depuis 2015. Et, en 2018, une étude néerlandaise (nommée Niche) avait déjà utilisé des anticorps dans des traitements néoadjuvants (avant l’ opération) chez des patients avec un cancer du côlon MSI localisé : la majeure partie des patients étaient en réponse clinique quasi complète, c’est-à-dire qu’il n’y avait plus de tumeur au moment de l’opération après seulement six semaines de traitement. Le dostarlimab avait déjà été utilisé en France chez des patientes atteintes d’un cancer de l’endomètre en 2021, mais la Haute Autorité de santé avait rendu un avis au remboursement de cette molécule par la sécurité sociale en raison d’un manque de données sur son efficacité.

Et pour les 95% de patients atteints d’une autre forme de cancer colorectal ?

Non, cela ne peut pas concerner les autres cas de cancer colorectal car ils sont pour le moment complètement résistants à l’immunothérapie.

Quelle est la suite ?

Désormais il va falloir inclure beaucoup plus de patients, car avec seulement 18 patients et un recul très peu important (six mois), l’Agence européenne du médicament ne donnera probablement pas son accord à une indication et à un remboursement. En théorie, il faudrait cinq ans de recul pour parler de guérison ou de rémission complète, mais des résultats de survie sans récidive de la maladie au bout de trois ans seraient déjà extrêmement pertinents, au vu des résultats exceptionnels de l’étude.

Aux Etats-Unis, on sait qu’il va y avoir une mise sur le marché et ensuite les assureurs vont décider ou non de rembourser les médicaments – encore faut-il avoir une assurance –, le prix du médicament s’approche de 10 000 euros la dose. En Europe, il est pour l’instant difficile d’obtenir des indications et des remboursements sans étude comparative, c’est-à-dire sans comparaison au traitement standard dans une étude prospective multicentrique. En France, l’objectif à court terme va être de créer une cohorte prospective en partenariat avec le laboratoire commercialisant le dostarlimab afin que les patients puissent avoir accès au traitement. En tout cas, les recherches vont continuer.

Dans quel autre type de cancer le dostarlimab pourrait-il être efficace ?

Le dostarlimab fait partie de la classe des anticorps anti-PD1 et des anti-PDL1 qui regroupent actuellement de très nombreuses molécules. Les deux anticorps anti-PD1 les plus utilisés actuellement sont le pembrolizumab et le nivolumab. Ils ont démontré leur efficacité en monothérapie ou en combinaison avec la régénération dans de nombreux cancers (mélanome, cancer du poumon, cancer du sein, cancer de la vessie, cancer colorectal, cancer de l’estomac, cancer de l’œsophage…). Néanmoins, l’efficacité la plus importante de ces anticorps a été rapportée dans les cancers de phénotype MSI /dMMR et ce quelle que soit leur origine (colorectal, estomac, endomètre…)

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