“Le supporter ne peut pas être juste un consommateur docile”, l’édito de Daniel Riolo après les sifflets contre Messi

"Le supporter ne peut pas être juste un consommateur docile", l'édito de Daniel Riolo après les sifflets contre Messi
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Messi et Neymar sifflés tout le match, comme la plupart des joueurs parisiens, banderoles… Dimanche face à Bordeaux en Ligue 1, Les supporters du PSG ont laissé éclater leur colère après la piteuse élimination face au Real Madrid en Ligue des champions.

L’édito de l’Equipe du jour est très intéressant. Il pose clairement la question de l’expression dans un stade et plus loin du rôle du supporter voire de son comportement.

Au titre, “les sifflets de la honte”, je répondrai : L’Edito de la honte.

Ainsi il n’y aurait donc qu’en France qu’on siffle une star. L’auteur, admirateur béat du foot anglais, semble expliquer en citant l’exemple de Dele Alli qu’en Angleterre, ça ne se passerait pas comme ça. Et ça s’est passé comment autour d’Arsenal et autour de la fin de règne de Wenger ? Un Manchester United autour de la famille Glazer ? Les supporters anglais n’ont-ils pas donné au moment du débat sur la SuperLeague ? J’arrête les exemples, il y en a trop !

Loin du château, le gueux fait moins de bruit

Qu’on soit d’accord ou pas, l’expression des supporters a existé et existe là-bas aussi. J’ajoute qu’en Angleterre, les éventuelles protestations contre un coach, une politique sportive, ont été grandement atténuées. La politique tarifaire de la Premier League depuis des années a eu pour effet de repousser les contestataires loin du stade. Loin du château, le gueux fait moins de bruit.

Au PSG, on est sur le chemin de la Premier League et depuis quelques années, le club essaie de transformer le foot en simple spectacle. T’es content tu viens, t’es pas content tu restes chez toi et surtout surtout tu fermes ta gueule. Quand le stade était mort et qu’il a fallu reconstruire une tribune parce que c’est mieux dans le décor d’avoir de l’animation et du bruit, alors on fait revenir le supporter. Mais qu’il proteste, ça non ! Qu’il siffle des joueurs, ça non ! La tribune Auteuil ne doit être qu’un élément du décor c’est ça? Le dirigeant dirige, l’entraîneur entraîne et le supporter supporte, c’est ça ? J’ai toujours honni cette phrase. Elle nie le petit bout de service public qui existera toujours dans un club tant qu’on ne passera pas en mode franchise US.

A Bastia, à Strasbourg, à Bordeaux, à Marseille, dans beaucoup de villes en France, les supporters ont été les derniers à rester debout tandis que les dirigeants défilaient et menaçaient l’existence même des clubs à cause de leur gestion calamiteuse ! Chacun sa place tentait de nous expliquer un autre édito la veille. Décidément, la référence du sport en France est très mal inspirée en ce moment. Quel est le diplôme pour diriger un club ? Combien de journalistes ont dirigé des clubs ? Pape Diouf, Dassier, Denisot, Biétry ? Il y a à boire et à manger, pour tous les goûts. Combien de chefs d’entreprise, à succès, ont échoué dans le foot ? La liste est longue. Combien de personnes découvrant le foot trois semaines avant leur nomination sont en poste aujourd’hui ? Chacun sa place ? Mais quel endroit ? Quelle est la légitimité de Nasser Al-Khelaifi, son diplôme, à part prof de tennis du Prince ? Pourquoi la presse ne pose jamais cette question ? Les entraîneurs du PSG, les directeurs sportifs sont réclamés, mais le président jamais. Je vais finir par croire que son entourage travaille bien pour tout contrôler.

Il y a finalement une divergence fondamentale entre la vision du pied, sa culture, son histoire, manifestée dans cet édito et la mienne. La richesse de Saint-Etienne, de l’OM, ​​c’est aussi celle des tribunes et en aucun cas on peut demander aux gens de se taire. Ces donneurs de leçons bien pensants pourraient nous expliquer tranquillement qu’à Marseille et Bordeaux, face à Eyraud et Longuépée, les supporters ne devaient rien dire ? Et il ne s’agit pas de révolution, de violence ou de prise de pouvoir. Il s’agit juste d’un contre-pouvoir, d’un dialogue à maintenir, d’une contestation. Le supporter ne peut pas être juste un consommateur docile. Nier le sentiment d’appartenance, l’attachement culturel qui lie le supporter à son club est une faute majeure.

Messi a été sifflé car il symbolise la politique sportive catastrophique et indécente du PSG

Mais je m’égare, je délire dois-ils penser. Récentrons. Le débat, c’est Messi. Le monde du foot s’est offusqué des sifflets contre Messi. Mon Dieu quelle horreur. Son passé doit être respecté nous dit-on.

Le supporter du PSG, par ailleurs amateur de foot, sait qui est Messi et respecte le passé du joueur en revoyant s’il en a envie ses plus beaux buts en replay à la maison. Empiler des joueurs stars qui plus est sur la fin, ça n’a jamais fait gagner. Le Real des années 2000 avait fait les Galactiques et avait échoué avec des joueurs en forme, imagine les résultats avec des stars vieillissantes !

Comment ne pas comprendre que Messi a été sifflé car il symbolise la politique sportive catastrophique et indécente du PSG. Neymar a été sifflé car il symbolise le “je m’en foutisme” général qui règne au club. Le Brésilien est sifflé partout et surtout dans son pays. Messi a été malmené en Argentine car pas assez Argentin. Les offusqués du jour n’ont pas de mémoire puisque c’est de ça qu’il s’agit, paraît-il !

Tous les grands joueurs ont été sifflés. Partout et pas qu’en France ! A juste titre ou pas, ce n’est pas la question. L’humiliation ressentie par les supporters du PSG ne peut être méprisée. A un certain niveau de honte, on ne parle plus de défaite sportive. Ce que la direction du PSG, les joueurs ont fait subir à leurs supporters, c’est beaucoup plus qu’une défaite. Dans une analogie alambiquée et incompréhensible, dans son émission du matin, Praud a mis dans la même phrase, Messi, les problèmes en Corse, la politique. Lui qui a toujours méprisé au plus haut point le public des stades, évidemment s’aligne : on ne peut pas siffler Messi. On peut, sur un plateau télé, critiquer un gouvernement ou demander la tête d’un ministre mais dans un stade on ne doit rien dire et être un gentil toutou consommateur !

Non décidément, je ne comprendrai jamais cette vision du pied. Je préfère débattre de la contestation, de son bien-fondé, mais l’empêcher, jamais. Quant au mépris de classe qui accompagne cette pensée, à part le dégoût, il ne m’inspire rien.

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