le dilemme des entreprises françaises installées en Russie

publié le dimanche 27 mars 2022 à 07h00

REPÈRES. Selon Bercy, la France est le premier employeur étranger en Russie, avec quelque 160.000 salariés.

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, certaines d’entre elles ont décidé de se retirer, mais c’est loin d’être le cas de la majorité.

Les entreprises françaises doivent-elles quitter la Russie ? Avant l’invasion russe en Ukraine, plus de 500 entreprises françaises (dont 35 groupes du CAC 40) opérant en Russie, selon le ministère français de l’Économie, alors que la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe revendiquait “plus de 400 membres” sur son site internet. En 2020, dans le contexte du Covid-19, les exportations vers la Russie ont atteint 5,2 milliards d’euros, faisant de la Russie le 7e marché de la France hors Union européenned’après Bercy.

Toujours de même source, la France est le premier employeur étranger en Russie, avec quelque 160 000 salariés, certains groupes y étant particulièrement présents, à l’image du groupe Renault, actionnaire à 67 % du constructeur AvtoVAZ (marque Lada).

Lors de son discours au Parlement français mercredi 23 mars, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé aux entreprises françaises de quitter le pays de Vladimir Poutine, un choix que peu d’entre elles ont décidé de faire jusqu’ici.

Renault suspend ses activités en Russie

Alors que depuis le début du conflit Renault n’avait pas remis en question sa présence sur place, le constructeur automobile a annoncé dans la foulée suspendre les activités de son usine de Moscou et évaluer “les options possibles concernant sa participation” dans AvtoVAZ, alors qu’il a beaucoup investi dans cette filiale et redoute une nationalisation forcée en cas de départ.

TotalEnergies renonce au pétrole russe

Autre groupe du CAC 40 avec une empreinte russe importante, TotalEnergies produit 16,6% de ses hydrocarbures en Russie, et même 30% pour le gaz seul, avec une forte implication sur le champ gazier Yamal, à l’extrême nord du pays. TotalEnergies y détient une participation de 20% dans Yamal GNL, un projet de gaz naturel liquéfié qui a démarré sa production en 2020, et 10% dans Artic LNG 2, qui doit débuter ses livraisons en 2023. Le groupe détient aussi 19,4% du géant du gaz russe Novatek.

Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a clairement affirmé mercredi que son groupe ne pouvait pas renoncer au gaz russe, expliquant avoir souscrit “des contrats de 25 ans”. Mais le groupe a annoncé toutefois qu’il renoncerait à tout achat de pétrole ou produit pétrolier russe d’ici fin 2022.

Le candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot a accusé l’énergéticien de “complicité de crime de guerre”, accusation à laquelle le groupe a répondu avec l’annonce d’une plainte en diffamation contre le député européen.

Toujours dans l’énergie, le groupe Engie qui a cofinancé le gazoduc Nord Stream 2 a prévenu qu’il risquait de perdre jusqu’à un milliard d’euros dans ce projet suspendu. Il n’est en revanche pas présent sur le sol russe mais est actionnaire à hauteur de 9 % du gazoduc en fonctionnement Nord Stream.

Leroy Merlin reste

Autre employeur important sur place, la Société Générale, actionnaire majoritaire de Rosbank (12.000 salariés), un poids lourd du secteur bancaire russe. Le 16 mars, son directeur général Frédéric Oudéa a simplement rappelé que sa filiale avait organisé “été et gérée de façon autonome après les événements en Crimée” de 2014, sans donner d’indication sur l’avenir de la présence du groupe dans le pays .

Côté services, plusieurs enseignes détenues par la famille Mulliez sont très déployées en Russie, à commencer par Leroy Merlin, dont c’est le deuxième marché derrière la France, mais aussi Auchan, qui réalise en Russie plus de 10 % de ses ventes, ou encore l’enseigne sportive Decathlon.

Adeo, holding de Leroy Merlin, a dit mercredi qu’elle maintenait son activité en Russie, mais allait “suspendre” ses nouveaux investissementsévoquant dans une déclaration à l’AFP le risque d’une “expropriation qui renforçait les moyens financiers de la Russie”, si elle quittait le pays.

Le géant pharmaceutique français Sanofi a lui annoncé, également mercredi, “arrêter toute nouvelle dépense qui ne serait pas directement liée” à la fourniture de ses “médicaments essentiels et vaccins en Russie et au Bélarus”.

Plusieurs secteurs ont fait le choix inverse, comme celui du luxe et de la mode. Début mars, Hermès, suivi rapidement par Chanel, LVMH et Kering, a annoncé la fermeture de ses boutiques en Russie, certains responsables de leurs marques comme chez Balenciaga (groupe Kering) prenant même fait et cause pour l’Ukraine dans le conflit.

Mais la difficulté est ailleurs pour les entreprises, car la Russie a décidé d’accentuer la pression sur les groupes étrangers qui seraient tentés par un retrait, n’hésitant pas à agiter la menace d’une nationalisation des actifs sur place.

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