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Le « bouclier loyer » et la revalorisation des APL vont-ils vraiment protéger les locataires ?

« Face à l’augmentation des prix, nous protégeons les Français. » Le lundi 27 juin dernier, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, a annoncé deux mesures de lutte contre l’inflation qui touchent aussi les loyers, et ainsi, les locataires.

D’abord un « bouclier de loyer » qui limite l’augmentation à 3,5 %, alors que l’Indice de référence des loyers (IRL), qui fixe les plafonds des augmentations annuelles des loyers que peut exiger les propriétaires en fonction des prix à la consommation, pourrait tout à fait dépasser ce seuil dès le 13 juillet prochain.

La seconde mesure consiste en une revalorisation de 3,5 % des aides personnelles au logement (APL) qui touchent certains ménages les plus modestes pour se loger. Des décisions concrètes… qui peinent à convaincre les professionnels du secteur.

Des mesures trop timides

« C’est une mesurette, réagit David Rodrigues, juriste de l’association de défense des consommateurs CLCV, on est très loin du gel des loyers proposé par Bruno Le Maire lui-même il y a peu. » Selon le juriste, ce plafond n’en est d’ailleurs pas vraiment un puisque les dernières estimées de l’Insee établissaient le prochain IRL autour de ces 3,5 % : à 4. »

Déjà interpellée à ce sujet sur les réseaux sociaux, la ministre de la Transition écologique, Amélie de Montchalin s’est défendue en expliquant que l’IRL pourrait atteindre 5 % au quatrième trimestre de l’année. Des effrayés par l’Observatoire français des conjonctures économiques. Dans ce cas, le bouclier à 3,5 % représente une protection.

Des mesures « disproportionnées » entre elles

Mais elle est à relativiser selon David Rodrigues, chiffres à l’appui : « Pour un loyer de 600 euros (le loyer moyen en France), l’augmentation de 5 % représente 252 euros par an. C’est insurmontable pour beaucoup de ménages. Alors que c’est un manque à gagner plus facile à absorber pour les propriétaires, par définition dans des situations plus aisées. »

Pour encaisser cette augmentation, les locataires pourraient compter sur une revalorisation des APL, « disproportionnée » au regard des augmentations. « Le même ménage qui payait 600 euros de loyer et touche 100 euros d’APL ne va voir ces derniers augmenter que de 3,5 euros, soit 42 euros sur l’année. Soustraits aux 252 euros d’augmentation de loyer, c’est une perte sèche de 210 euros. »

Un constat partagé par Pierre Marec, économiste à l’OFCE qui le met en lumière à l’échelle nationale : « L’augmentation de 3,5 % (des loyers) pèserait pour 2,6 milliards d’euros sur le reste à vivre des ménages locataires ». Cette baisse du reste à vivre n’est que partiellement compensée par l’État à travers l’augmentation de 810 millions d’euros des APL. Au total, cela fait donc 1,7 milliard d’euros supplémentaires à payer pour les locataires sur une année.

Tous les locataires ne bénéficient pas des APL

Cette protection pour les locataires est aussi limitée dans son étendue puisque tous les locataires n’ont pas aux APL. Sur les 10,6 millions de ménages locataires en France, ils sont un peu plus de la moitié à en bénéficier. Fin 2019, 6,5 millions de foyers bénéficiaient d’une des Aides personnelles au logement (APL, ALS ou ALF), mais ce chiffre a depuis diminué selon Michel Fréchet, président national de la Confédération Générale du Logement (CGL) : « Beaucoup ont perdu leurs droits aux APL avec la réforme de 2021. Et d’autres stagnent juste au-dessus du plafond. » Selon un rapport du Sénat, cette réforme a exclu 285.000 personnes du droit aux APL.

De manière générale, tous les experts contactés par 20 minutes s’accordant sur l’appréciation de ces mesures. Pour résumer : « C’est mieux que rien mais il y avait beaucoup mieux à faire. »

Le gel des loyers plébiscité

Selon eux, un gel des loyers était la meilleure solution à mettre en place. « C’était la première chose à faire. La solution la plus plébiscitée au Conseil national de l’Habitat », explique Michel Fréchet. Selon lui, le logement, privé comme public, rapporte plusieurs dizaines de milliards d’euros par an à l’État, une compensation pour les propriétaires est donc possible.

La CLCV propose deux solutions supplémentaires. Une première qui consistait à sortir l’alimentation et les énergies du calcul de l’IRL pour en limiter les effets puisque ce sont deux secteurs déjà fortement touchés par l’inflation : « L’inclure dans le calcul de l’IRL, c’est les faire payer deux fois. »

Amélie de Montchalin défend les « propriétaires modestes »

Face aux critiques regrettant un gel des loyers, le ministre a opposé la défense du « propriétaire modeste qui vit de la location de son bien » face au « locataire aisé ». Un argument qui ne tient pas pour David Rodrigues : « Un gel des loyers ne signifie pas une perte pour un propriétaire, c’est un manque à gagner. Alors que pour un locataire, l’augmentation de son loyer est une perte de pouvoir d’achat. »

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