le baril clôture sous les 100 dollars

le baril clôture sous les 100 dollars
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Le marché du pétrole est-il temporairement en surchauffe ou le spectre d’un choc digne de 1973 est-il en cours ? Alors que la conjoncture économique et la guerre en Ukraine ont déclenchée par l’invasion russe ont fait monter la semaine dernière le prix du baril de brut proche des 140 dollars – un record depuis 2008 – les cours redescendus en-dessous de 100 dollars, pour le Brent de la mer du Nord pour livraison en mai. C’est une première depuis le deuxième jour du conflit russo-ukrainien. Hier en séance, son prix a reculé de 6,53%, pour terminer à 99,91 dollars, tandis que le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en avril a lui cédé 6,37%, à 96,44 dollars. Cependant, les cours restent en hausse de plus de 46% sur un an. Ce matin, ils progressaient légèrement pour repasser au-dessus des 100 dollars le baril.

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“Après avoir chuté de plus de 20 % par rapport aux sommets de la dernière semaine, le pétrole brut est entré dans le territoire du marché baissier”a commenté Fawad Razaqzada, analyste chez ThinkMarkets.

La guerre en Ukraine a créé une forte reprise sur les marchés du pétrole ces dernières semaines. Dans ce contexte, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a manifesté ce lundi que “la perspective de perturbations à grande échelle de la production russe menace de créer un choc mondial de l’offre pétrolière”. Côté demande, l’AIE a également revu en baisse sa prévision de croissance pour 2022 d’environ 1 mb/j, en raison de l’effet de l’augmentation des cours des matières premières et des sanctions contre la Russie sur l’économie mondiale.

La recrudescence du Covid-19 en Chine impacte la demande

Mais selon plusieurs analystes, ce n’est pas l’impact du conflit – et notamment les conséquences pour le moment limité de l’embargo américain et britannique sur l’or noir russe – qui a engagé une tendance baissière hier. Mais bien la recrudescence de la pandémie de Covid-19 en Chine. L’Empire du Milieu a eu “le plus gros impact” sur les prix mardi, a fait valoir Stephen Schork, analyste et auteur du Schork Report. La décision de la Chine d’ordonner le confinement de dizaines de millions de personnes pour contenir des foyers de Covid “suscite clairement des inquiétudes sur le marché quant à la demande.”

La Chine est, de très loin, le premier importateur mondial de pétrole, avec un peu plus de 10 millions de barils par jour.

“Le risque sur la demande chinoise est réel”, a abondé, dans une note, Louise Dickson, analyste du cabinet Rystad Energy, qui a évoqué une baisse potentielle de la consommation d’un demi-million de barils par jour lié aux confinements. L’analyste prévient néanmoins que si, à court terme, un ralentissement de la demande chinoise est de nature à faire baisser les cours de l’or noir, elle pourrait, à plus long terme, aggraver les problèmes d’approvisionnement avec de nouvelles fermetures d’usines et produisant davantage d’inflation.

“La Chine a, par le passé, montré sa capacité à contenir rapidement la propagation (du virus), et l’impact sur la demande d’énergie ne s’est doté qu’à court terme”, fait valoir Bart Melek, responsable de la stratégie matières premières chez Valeurs Mobilières TD.

Avancé sur l’accord iranien

Reste que les marchés sont également très attentifs à la situation russo-ukrainienne. La Russie étant le deuxième exportateur de pétrole brut au monde, les avancées et l’émission de la guerre modifieront l’offre disponible. Une résolution du conflit en Ukraine “pourrait conduire à des sanctions moins sévères à l’encontre de la Russie et alléger les pressions sur l’offre”, explique Ricardo Evangelista, analyste chez ActivTrades

Autre facteur contribuant à la baisse mardi : la Russie a assuré avoir reçu de Washington la garantie que les sanctions la visant à cause de l’Ukraine ne concernaient pas sa coopération avec Téhéran, semblant lever un obstacle à la relance de l’accord sur le nucléaire iranien. Une question positive des négociations entraînerait la levée des sanctions contre l’Iran, membre fondateur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). La participation au marché de l’Iran est fortement limitée depuis 2018 et le rétablissement des sanctions économiques américaines par l’administration de Donald Trump.

Un retour de l’Iran à pleine capacité d’exportation pourrait renverser l’état actuel de l’offre mondiale d’or noir. En 2020, le pays produisait près de 2 millions de barils par jour mais n’en exportait que 404.500, d’après le site de l’Opep.

Justement, l’Opep est en train d’évaluer les effets de la guerre en Ukraine sur la demande pétrolière mondiale cette année. Le cartel a maintenu pour l’instant sa prévision d’une hausse de 4,2 millions de barils par jour (mb/j) de la demande de brut cette année, qui devrait ainsi atteindre un total de 100,90 mb/j.

Ces producteurs s’en tiennent à la ligne de conduite adoptée il y a quelques mois. La semaine dernière, ils ont persisté dans leur approche d’ouverture des vannes au compte-gouttes malgré l’embrasement des cours lié à la guerre en Ukraine, sur fond de craintes pour l’approvisionnement. En réalité, plusieurs membres n’arrivent pas à atteindre leur quota de production.

Les treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), menés par Ryad, et leurs dix alliés conduits par Moscou sont convenus “d’ajuster à la hausse leur niveau total de production de 400.000 barils par jour pour le mois d’avril”a annoncé le cartel dans un communiqué à l’issue d’une brève réunion, au résultat sans surprise.

“Cette prévision est toutefois susceptible d’être modifiée ces prochaines semaines”, lorsqu’il y aura plus de “clarté” sur l’effet des turbulences géopolitiques liées à la guerre en Ukraine, indique l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) dans son rapport annuel.

Les Etats-Unis cherchent du pétrole tout azimut

Ces dernières semaines, un autre producteur pétrolier mondial est sous les projecteurs afin d’alimenter davantage le marché en baril quotidien : le Venezuela. Il y a une dizaine de jours, Américains et Vénézuéliens annoncent des discussions afin de lever les restrictions imposées par Washington depuis plusieurs années à son pire ennemi du continent – et ex-premier fournisseur de brut importé. Très tôt, les États-Unis ont décidé de rouvrir le dialogue avec Caracas dans le mais, notamment, de couvrir en partie la fin de leur importation d’hydrocarbure russe.

Mais la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki a assuré lundi 14 mars qu’il n’y avait “pas de discussions actives actuellement” pour des achats de pétrole vénézuélien par les Etats-Unis, lors de son point presse de routine.

Le Venezuela vient de libérer deux Américains qui étaient détenus dans le pays, un geste qui a alimenté les spéculations sur un réchauffement de la relation avec les États-Unis, voire sur une reprise des importations américaines de pétrole vénézuélien,

En parallèle, les États se tournent vers d’autres producteurs d’Or noir. Pour pallier les importations de pétrole russe, la Maison Blanche se tourne vers l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis pour leur demande d’augmenter leur production. Outre le fait qu’ils sont tenus par l’accord qui régit l’Opep+, ces deux pays ont été posés en préalable des conditions, comme le révèle le Wall Street Journal.

Il en ressort que les Saoudiens ont posé leurs conditions pour augmenter leur offre pétrolière : un appui technologique et le partage d’informations pour soutenir leur intervention militaire dans la guerre civile au Yémen, où ils affrontent des rebelles houthis soutenus par l’Iran, une aide technologique pour développer leur propre programme nucléaire et, enfin et surtout, l’immunité pour le prince héritier Mohamed ben Salmane pour se rendre aux États-Unis. Celui-là même que Joe Biden accuse d’avoir commandé l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Le Brésil va augmenter sa production

Toutefois, les États-Unis peuvent compter sur une bonne nouvelle ces derniers jours. Le gouvernement brésilien a dit à son homologue des États-Unis qu’il allait augmenter sa production de pétrole, at-on appris lundi auprès du ministère brésilien des Mines et de l’Énergie, une décision qui pourrait contribuer à apaiser les inquiétudes liées à l’offre mondiale du brut. Le ministre brésilien des Mines et de l’Energie, Bento Albuquerque, répondait jeudi dernier à une demande de son homologue américain, Jennifer Granholm, qui lui avait fait valoir en visioconférence l’importance d’une éventuelle hausse de la production de la part du Brésil.

Mme (Granholm) “m’a demandé si le Brésil pouvait faire partie de cet effort (produire plus de pétrole, ndlr), et je lui ai dit ‘bien sûr qu’il le peut’. Nous augmentons déjà notre production, alors que la majorité des pays de l’OCDE l’ont réduit. Nous, nous avons augmenté notre production ces trois dernières années”, a dit M. Albuquerque dans un message envoyé par son ministère à l’AFP lundi.

La plus grande économie d’Amérique latine fait partie des dix plus grands producteurs de pétrole au monde, avec environ 3 millions de barils par jour environ.

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(avec agences)