l’armée malienne de nouvelle accusée d’exactions

l'armée malienne de nouvelle accusée d'exactions
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La voix d’Aziz* qui tremble à l’autre bout du fil. « Ce matin, les villageois étaient encore en train d’enterrer des corps. Ils n’arrivent plus à les compter tant ils sont nombreux », s’émeut ce défenseur des droits de l’homme originaire du centre du Mali. Entre le dimanche 27 et le jeudi 31 mars, Moura, un village de la région de Mopti, a été la cible d’une opération antiterroriste menée par les Forces armées maliennes (FAMa) et des paramilitaires blancs identifiés par des sources locales et internationales comme appartenant au groupe de sécurité privé russe Wagner. Cinq jours de blocus dont le déroulement a pu être récupéré par Le Monde auprès de plusieurs sources sécuritaires et humanitaires, maliennes, ouest-africaines et occidentales.

Parmi la foule, des hommes armés circulent à la vue de tous

Le dimanche 27 mars est un jour de foire à Moura. La localité est réputée pour la qualité de son marché à bestiaux. En ce dernier week-end avant le début du ramadan, les habitants des villages environnants se pressent, nombreux, pour acheter des moutons. Parmi la foule, des hommes armés circulent à la vue de tous. Moura est située dans une zone boisée et inondée difficile d’accès, contrôlée depuis des années par les djihadistes de la katiba Macina, un groupe dirigé par le chef peul Hamadoun Koufa et membre du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM , affilié à Al-Qaïda).

L’armée malienne, qui ne cesse de voir progresser cet ennemi depuis le déclenchement de la guerre au nord du pays en 2012, décide de passer à l’offensive à Moura. L’intervention, qui mobilise plusieurs dizaines de soldats de l’armée de terre, de l’air et des forces spéciales, entre dans le cadre de l’opération « Kélétigui » (« celui qui fait la guerre » en bambara), fin 2021 au centre et au sud du Mali par les FAMa accompagnés de leurs supplétifs russes.

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« Ils n’ont pas fait de distinction entre les djihadistes ou les autres »

« Des hélicoptères ont survolé le marché en tirant sur ceux qui essayaient de fuir. Pendant ce temps, les djihadistes se sont débarrassés de leurs armes et se sont fondus dans la foule. Des soldats maliens et russes ont été débarqués au sol et ça a été le début du massacre, soutenir un défenseur des droits de l’homme africain. Ils ont rassemblé les hommes, en ont exécuté beaucoup, ont fouillé les maisons pour tuer ceux qui s’y cachaient. Ils n’ont pas fait de distinction entre les djihadistes ou les autres. »

Dans le marché, entre les habitations et près d’un cours d’eau, de nombreux corps auraient été retrouvés, certains calcinés, d’autres criblés de balles. Des fosses communes auraient été creusées par les habitants eux-mêmes. Sans que personne ne puisse encore déterminer le nombre, l’identité ni le statut – civil ou combattant – des victimes de ces exécutions extrajudiciaires.

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