La guerre en Ukraine, vue de Pologne : “Si Poutine arrive, je l’attaque à la hache”

La guerre en Ukraine, vue de Pologne : "Si Poutine arrive, je l'attaque à la hache"
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Pays membre de l’UE et voisin de l’Ukraine, la Pologne joue un rôle particulièrement actif depuis le début de la guerre, le 24 février. Point de chute d’une grande partie des réfugiés ukrainiens fuyant la guerre, le pays est aussi partisan d’une ligne dure face à Moscou, qu’elle soupçonne d’avoir des visés sur des territoires de l’Otan – dont la Pologne fait partie.

Le président américain Joe Biden, en visite dans le pays ce vendredi 25 mars, doit ainsi se conclure à Varsovie par un discours « sur les efforts unis du monde libre pour soutenir le peuple ukrainien » et « tenir la Russie responsable de sa guerre brutale » . Il aura rencontré le président polonais Andrzej Duda dans la ville de Rzeszow, à environ 80 kilomètres de la frontière avec l’Ukraine.

C’est précisément dans cette région du sud-est de la Pologne que Le HuffPost a pu interroger la population polonaise sur son ressenti face aux événements, qui touche, d’une manière ou d’une autre, aussi son quotidien.

“On ne pense plus qu’à ça”

Déambulant ce mercredi 23 mars entre les étals du marché de Lublin,au sud-Est de la Pologne, Elizabeth Elzbieta raconte très vite comment elle fait “pour ne pas avoir peur de la guerre” : “je n’allume plus ma télé et j « Occupe mon esprit le plus possible, je vois des amis, fais du sport et je fais des dons à des associations d’aide aux Ukrainiens », résume-t-elle.

Dans sa ville, à moins de 50 km de la frontière de l’Ukraine, des milliers d’Ukrainiens sont venus se réfugier : au point où Lublin a vu sa population augmenter de 10 % en un mois.

“Nous sommes ravis de les accueillir mais c’est dur moralement d’être entourés de réfugiés de guerre, de voir des gens faire la queue toute la journée devant des centres pour des vêtements ou des femmes pleurer parce que leurs maris sont encore en Ukraine ”, poursuit la Lublinoise qui n’a pour l’instant pas la force d’offrir l’hospitalité à une famille ukrainienne.

Porter secours aux réfugiés Ukrainiens permet cependant à beaucoup de Polonais d’oublier que la guerre est aux portes de leur pays. Au centre culturel de Lublin, Anna Szadkowska-Ciezka est psychologue et membre de l’association Homo Faber qui, depuis la guerre, cherche à s’installer, trouver une famille d’accueil et un emploi à plus de 30 000 réfugiés. Une mission qui occupe toutes ses journées. « Dans mon cercle d’amis et collègues, on ne pense plus qu’à ça, c’est notre quotidien. Certains ont déjà préparé leurs bagages, prêts à partir si quelque chose arrive », explique-t-elle.

Ci-dessus : une photo postée par l’association Homo Faber à Lublin sur sa page Facebook, qui détaille son action en soutien aux Ukrainiens.

Être sur le qui-vive en permanence et écouter les informations en boucle de peur que la guerre ne se propage provoquer un stress permanent. Anna Szadkowska-Ciezka évoque aussi le traumatisme d’habiter dans un pays si proche de la guerre. Il est primordial selon elle de “mettre son propre masque d’oxygène avant d’aider les autres” et de s’entourer de personnes pour partager ses craintes. “Rencontrer et soutenir des femmes et des enfants qui ont parfois survécu à des bombes, c’est douloureux”, rappelle-t-elle.

“Je n’ai pas peur”

Et le traumatisme s’entend déjà dans les confidences de certains Polonais. « Je n’arrive plus à dormir, j’ai des enfants et des petits enfants que je veux protéger. Si Poutine arrive en Pologne, je l’attaque à la hache”, assène Olivia, la soixantaine, à la sortie d’un magasin d’ameublement dans la ville de Chelm, à 30 km à peine de l’Ukraine. La vieille dame est persuadée qu’un jour ou l’autre le chef du Kremlin bombardera la capitale Varsovie.

Toujours à Chelm, d’autres habitants ne fument pas au sérieux les menaces de Vladimir Poutine. Pour Marius, la quarantaine, la guerre semble lointaine : “Non, je n’ai pas peur, je me sens protégé d’être dans un pays européen et qui fait partie de l’Otan”, explique-t-il, serein, sac de courses à la main. « C’est inconcevable pour nous, la poutine ne viendra pas jusqu’à nous », affirme une jeune caissière de la station-service de la ville.

« Je pense d’abord que les gens n’ont pas envie d’y penser », observe Alex, franco-ukrainien de 19 ans, venu chercher sa grand-mère ukrainienne à la frontière polonaise. « La mentalité des Européens de l’Est n’est pas la même que celle des Occidentaux. Beaucoup de Polonais ne craignent pas la guerre tant qu’elle n’est pas arrivée sur leur sol. On en parle peu, c’est tabou un peu », selon lui.

Son ami Andrew, étudiant russo-polonais, confirme : « On vit au jour le jour ici. Soit les gens aident les Ukrainiens pour se sentir utiles, ils ne changent rien à soit leur quotidien pour oublier que l’Ukraine croule sous les bombes ».

“Ça me fait penser à Hitler”

Cet écart entre des jeunes qui se disent peu inquiets et des personnes plus âgées affolées s’explique facilement pour des raisons historiques, selon la psychologue Anna Szadkowska-Ciezka : « Les plus jeunes se sentent protégés par l’Otan. Les gens plus âgés se souviennent de l’invasion de la Pologne, le 1euh septembre 1939. Les Polonais n’ont été protégés par aucune force étrangère des attaques allemandes et soviétiques », explique-t-elle.

Certains Polonais rapprochent ainsi des pans de leur histoire à l’invasion russe en Ukraine. Dans le centre de réfugiés de Hrubieszow, tout près de la frontière ukrainienne et accueillant plus de 500 lits de camps, la guerre touche autant les bénévoles locaux que si elle s’était déclarée en Pologne. « Quand je vais à la frontière et que je vois de tout jeunes enfants aux bras de leur maman forcés à quitter leur pays, ça me fait penser à l’époque où Hitler voulait se débarrasser des Juifs », témoigne avec émotions Tatiana, volontaire du centre. La jeune femme, née en Ukraine, se dit à aider ce peuple tant qu’elle le pourra : “On ne les abandonnera pas, c’est un pays voisin avec qui nous partageons une histoire commune”.

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