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Hermès, une famille recomposée face au « loup du cachemire », Bernard Arnault

Enquête« Successions saison II » (2/6). Cette dynastie du luxe à la française fut longtemps minée par les rivalités. Jusqu’au jour où, en 2011, un raid hostile du patron de LVMH a conduit les nombreux héritiers à faire front pour défendre ce qu’ils appellent « la maison ».

Plonger au cœur de la dynastie Hermès, c’est faire l’expérience de l’élégance et du bon goût, le meilleur paravent des secrets de famille. Chaque cousin se présente avec une courtoisie exquise, vous préconisez ce petit temps de réflexion qui permet de remonter mentalement le long de son arbre généalogique. En attendant que vous y voyiez plus clair, il vous sera proposé un darjeeling, dans un ravissant service à thé… Le décor ? Un musée parisien, ouvert avec parcimonie à des invités triés sur le volet au 24, rue du Faubourg-Saint-Honoré, siège historique de l’entreprise. On peut y admirer la collection de l’aïeul Emile Hermès, reconstituée, des années durant, à coups d’acquisitions dans les ventes aux enchères : une accumulation de malles à serrurerie perfectionnée, de selles d’amazone et de trompe-l’œil en papier. Difficile d’imaginer, devant tant de merveilles, qu’il y a dix ans, cette famille royale du luxe a failli tout perdre sous les coups de boutoir du numéro un du secteur, le patron de LVMH, Bernard Arnault.

Le musée Hermès, situé au troisième étage du magasin de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris, le 14 juin 2022.

Dans cette tribu protestante, même le vocabulaire est choisi avec soin. On ne parle pas de l’entreprise mais de la « maison ». On ne dit pas « cher », mais « décalé ». Un service marketing ? Quelle vulgarité ! Dans les ateliers, les artisans qui taillent et cousent des peaux douces comme des caresses pour en faire des sacs semblent considérés avec la même estime que s’ils étaient patrons. Le week-end, le PDG en titre, Axel Dumas, peut flâner en jean et chemise blanche dans les librairies de Saint-Germain-des-Prés sans que personne devine qu’il appartient à l’une des plus riches familles françaises : une fortune destinée à 78,7 milliards d’euros en 2022, trois cents boutiques à travers le monde, 17 000 salariés et une société avec un résultat net de 2 445 milliards d’euros en 2021. Une réussite insolente que la pandémie a encore consolidée.

« C’est un peu l’Ukraine »

Nous avons donc été un peu désarçonnées lorsqu’un très bon connaisseur de la « maison » nous a dit tout à trac : « Vous savez, les Hermès, c’est un peu l’Ukraine. Une culture et un magnifique savoir-faire, trois branches dont les liens sont un peu distendus, un tiers d’exilés fiscaux et une fortune qui les classe parmi les Français les plus riches. Et puis soudain, juste au moment de la succession, la guerre. Celle qui menace votre indépendance et ressoude tout le monde autour du pays. » Et là, les sacs, les foulards et les cravates de soie se sont écartés, comme le rideau d’une scène de théâtre, éclairant la dynastie juste avant le séisme qui a failli la déchirer.

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