Forest Whitaker, une Palme de guérisseur

Forest Whitaker, une Palme de guérisseur
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Il avance à petits pas prudents, son mètre-quatre-vingt-huit légèrement voûté, il tend sa main d’un geste timide et glisse sans rigoler : « Je vous connais, non ? J’ai déjà vu votre photo quelque part. » Forcément, ça surprend. On rit mais lui ne rit pas. Forest Whitaker, 61 ans, l’homme qui figure au générique d’une centaine de films, six fois en sélection officielle à Cannes, à qui une Palme d’honneur a été remise mardi 17 mai, à la bonté imprimée sur le front.

Sa voix est douce, le débit monocorde : « Je crois que j’essaie de comprendre comment mettre plus de joie dans ma vie. Il y en a, oui. Mais une part de moi a besoin d’être soignée. Vous remarquerez que le sujet des films que j’ai réalisé est toujours la guérison. Et je crois que le travail que j’effectue dans le monde avec ma fondation me permet de mieux comprendre les profondeurs des émotions humaines. Et cela m’aide à comprendre les miennes. La guérison des autres aide à se guérir. »

C’est qu’il y a dix ans, le Charlie Parker de Clint Eastwood (Oiseau, 1988), le Chien fantôme de Jim Jarmush (1999), le Idi Amin Dada de Kevin Macdonald (Le Dernier roi d’Ecosse, 2006) a créé une ONG, la Whitaker Peace & Development Initiative. Ou, tout a commencé là, justement, lors du tournage en Ouganda du film sur le célèbre dictateur pour lequel il obtiendra l’Oscar du meilleur acteur.

Lire la critique de 2007 : “Le Dernier Roi d’Ecosse” : portrait d’un bouffon sanguinaire

“Plus ça allait, plus je m’impliquais”

Pour la première fois, en 2005, Forest Whitaker débarque en effet sur le continent africain. « Mon rôle comme comédien était de comprendre ce que c’était de vivre là », raconte l’acteur, qui a toujours mis un point d’honneur à habiter ses rôles. Pour le film, il apprend même l’accordéon, ne joue pas le despote. Un comédien lui propose d’aller visiter un orphelinat dans le nord du pays. Il y croise des enfants soldats. « Et là, dans leurs yeux, raconte-t-il, j’ai vu quelque chose que j’avais déjà vu dans les yeux de membres des gangs que j’avais connus, jeune, dans mon quartier à Los Angeles. Et ce lien m’a hanté. Alors, j’ai commencé à aider, à construire un dortoir, à creuser des puits, ma fille a créé un centre informatique… Et plus ça allait, plus je m’impliquais. »

C’est comme ça qu’il se retrouve face à Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies de l’époque, à plaider la cause de ces populations décimées par les conflits, et qu’il finit par créer une ONG qui œuvre à leur résolution. Pas seulement en Afrique, mais aussi au Mexique, à Los Angeles ou à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Principe : la capillarité, anciennement les gens du lieu afin qu’ils essaiment. Si on veut résoudre les conflits, il faut donner aux populations les outils du dialogue. Si on veut dépasser les traumatismes, leur apprendre à les regarder en face. Et si on veut leur donner des moyens de créer de la richesse, amorcer la pompe. Hébergée dans les bureaux de l’Unesco à Paris, l’ONG est passée d’une trentaine d’enfants à plus de 1,5 million de personnes concernées par ses programmes.

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