dysfonctionnements à tous les étages chez les Girondins

dysfonctionnements à tous les étages chez les Girondins
Written by admin

Les Girondins de Bordeaux n’ont jamais été aussi proches d’une relégation en Ligue 2. Alors qu’ils pointent à cinq points du barragiste avant de se déplacer à Lille samedi (19h), les soucis se poursuivent sur le terrain et en dehors. Aux manettes depuis le mois d’août, la nouvelle direction, emmenée par Gérard Lopez, n’a pas réussi à inverser une situation qui se dégrade depuis plusieurs années. Enquête RMC Sport.

Un mercato mitigé

Ils avaient promis de renouveler largement un effectif touché psychologiquement depuis plusieurs saisons et ils ont tenu leur promesse. Dès leur arrivée, Gérard Lopez et Admar Lopes, son directeur sportif, ont bouleversé le groupe pour amener de la fraîcheur. Et sur le papier, le mercato de l’été dernier était prometteur alors que les moyens sont très limités. Seize joueurs ont quitté la Gironde alors que neuf nouvelles têtes ont débarqué. Si plusieurs ont été au niveau (Onana, Elis et dans une moindre mesure Gregersen), d’autres, n’ont pas apporté ce qu’on attendait d’eux.

Sur les côtés, Timothée Pembélé a montré des choses mais est bien trop irrégulier pour devenir indéboulonnable, alors que Ricardo Mangas et Gideon Mensah n’ont pas compensé les énormes lacunes entrevues sur le flanc gauche depuis plusieurs saisons. Le gros flop du mercato d’Admar Lopes se nomme Fransergio. Un transfert de six millions d’euros assorti d’un contrat de trois ans pour un joueur qu’on annonçait comme le régulateur du milieu de terrain. En 12 titularisations (en 22 matchs), il n’a signé qu’une seule passe décisive et apparait comme totalement absent sur la pelouse lors de chaque apparition.

Cet hiver, Admar Lopes a tenté de renforcer son groupe en urgence. Un succès. Les recrues transférées ont rapidement apporté dans le jeu des Girondins (Guilavogui, Ahmedhozic ou Ignatenko) sans enrayer la dynamique de mauvais résultats malgré tout. Autre recrue hivernale, Marcelo a amené son leadership exemplaire dans le vestiaire mais sur le terrain, l’ancien Lyonnais n’a pour le moment pas compensé le départ de Koscielny.

L’erreur Petkovic

L’immense échec de la nouvelle direction aura été de confier l’équipe à Vladimir Petkovic, l’ancien sélectionneur de la Suisse, cet été. Réputé pour son calme et son relationnel dans toutes ses expériences professionnelles, Petkovic n’a jamais réussi à s’adapter à l’environnement bordelais sans jamais bouleverser ses méthodes d’entrainement et avoir tenté de bousculer son groupe jusqu’à son départ début février. “Il n’intervenait jamais lors des séances, confie une source proche du groupe pro. C’était son style mais à aucun moment, quand on a commencé à sombrer, il n’a été dans la réaction et on a continué à s’enliser.” Petkovic n’est malgré tout pas l’unique responsable de l’échec sportif du début de saison.

Le préparateur physique Antonio Calado est un choix d’Admar Lopes. Il n’est pas un inconnu en L1 puisqu’il a épaulé Miguel Cardoso à Nantes en 2019 pendant trois mois. Le nouveau responsable de la performance des joueurs mise sur l’intensité lors des séances mais beaucoup ne le jugent “pas au niveau”. Sa gestion des nombreux retours du Covid avant la défaite historique contre Marseille (7 janvier) a été pointée du doigt. Alors que les joueurs restaient sur une longue période d’isolement, aucun travail spécifique n’a été effectué avant de réintégrer les joueurs aux entraînements. Un manque de “caisse” et dans les volumes de course qui se ressent depuis le début de saison. D’après plusieurs sources, la situation a d’ailleurs été plusieurs fois tendue entre Calado et Petkovic. Autre cas qui a fait jaser en interne, l’entraîneur des gardiens qui épaulait Benoit Costil et Gaëtan Poussin.

L’ancienne direction du club souhaitait pourtant se séparer de Vitor Pereira pour “inaptitude au travail”. Une procédure de licenciement avait même été engagée. Le coach portugais souffre d’une blessure à un genou qui “lui empêchait de toucher la barre transversale depuis les 16,50m”, nous confie-t-on. La direction sportive actuelle a fait le choix de le maintenir auprès des pros. Les relations avec le gardien n°1 Costil sont restées très fraîches jusqu’à la fin de leur collaboration. C’est d’ailleurs Costil qui a milité pour faire venir Grégory Coupet aux Girondins cet hiver alors qu’il s’entraînait à part avec un coach individuel pour augmenter les doses de travail, trop faibles avec Pereira.

Dans les coulisses de l’équipe professionnelle plusieurs évènements ont fini par toucher la confiance du vestiaire. Les joueurs ont été marqués par le repas d’intégration de début d’année. Alors que l’idée est de souder un groupe cosmopolite qui ne se connait pas, avec un nouveau staff technique emmené par Vladimir Petkovic, l’alcool est interdit aux joueurs pendant la soirée alors que le staff est autorisé à boire. Un détail, sûrement, mais ce moment de vie a crispé plusieurs membres du vestiaire et n’a pas lancé la saison de la meilleure des manières même si lors des différents repas d’équipe qui ont suivi, les joueurs ont été entendus.

Récemment, un jeune membre du groupe pro a été épinglé pour vol au sein du vestiaire. Il revendait des paires de chaussures sur un site internet qu’il dérobait à différents joueurs. Il a été démasqué par son ex-compagne qui a fait fuiter l’information auprès du groupe. Les cadres de l’effectif estimaient qu’ils ne pouvaient plus côtoyer ce joueur dans la vie de groupe. Il a été finalement écarté de l’équipe pro pour un match par la direction avec une belle amende. Une sanction bien trop faible aux yeux de beaucoup de joueurs même si l’affaire est désormais soldée et s’est réglée dans le cadre du vestiaire entre les joueurs.

L’affaire du “racisme”

C’est un dossier qui a bouleversé l’équilibre du club ces deux dernières semaines. Benoit Costil et Laurent Koscielny ont été accusés de comportements racistes par les Ultramarines après la défaite contre Montpellier. Comme le racontait RMC Sport, une altercation a eu lieu entre le gardien girondin et le porte-parole du groupe Florian Brunet, à la mi-temps de la rencontre. Alors que Costil est critiqué pour avoir élevé la voix sur le terrain avec son défenseur central Anel Ahmedhodzic, intouchable aux yeux des ultras pour son investissement depuis son arrivée, le portier a été tancé par le public bordelais. Un tête à tête a lieu entre les deux hommes qui doivent être séparés. Brunet reproche à Costil ses actes depuis plusieurs mois, Costil réplique en faisant le signe que les Ultras sont des vendus à la solde de la direction actuelle. Depuis plusieurs semaines, la communication des Ultras totalement orientée pro-Lopez interpellait en interne.

“J’ai échangé avec nos supporters à la mi-temps. Ils étaient écœurés et je les comprends”, s’est exprimé Gérard Lopez après la défaite sans faire référence aux incidents. Deux personnes sont à l’origine de ces accusations de racismes. Un ancien salarié dans le cercle de l’équipe pro, depuis licencié, et un actuel membre du club reprochent à Koscielny et Costil des comportements déviants. Ces deux hommes sont très proches des ultramarines et pas forcément appréciés par certains membres du vestiaire. Dans tous les témoignages recueillis par RMC Sport, aucun ne corrobore des faits racistes de la part des deux tauliers du vestiaire. Dans des communiqués adressés au quotidien Sud-Ouest, les salariés du club puis les joueurs prennent la défense de leurs partenaires. La direction finit par réagir par voie de communiqué et reconnait : “l’existence d’allégations concernant des comportements inacceptables et des propos à caractère raciste qui auraient pu être tenus par des salariés du club”.

La direction mentionne “qu’à ce jour, aucune pièce visant à étayer ces allégations n’a été portée à la connaissance du club qui, par principe, entend faire preuve de la plus grande prudence et se doit de rappeler la nécessité de respecter le principe de présomption d’innocence”. Alors que les Ultramarines maintiennent leurs accusations, ils n’ont toujours pas dévoilé les preuves qu’ils affirment détenir. Koscielny et Costil ont été extrêmement touchés par les évènements. Alors que le gardien de but avait annoncé à quelques proches, à chaud, qu’il quittait le club comme l’annonçait 20 Minutes, il est depuis revenu sur sa décision. Il a été laissé au repos lors du match amical disputé la semaine dernière et a repris l’entrainement ce lundi. “Il s’est réfugié dans le travail, confirme David Guion. Il postule pour jouer contre Lille.” Le gardien bordelais et son entourage ont décidé de porter plainte et il a de nouveau échangé avec la direction cette semaine. Il reste pour le moment à la disposition du club.

En fin de contrat dans trois mois, il compte bien aller au bout de son engagement pour le moment. Le salarié mis en cause dans cette histoire n’a lui plus été aperçu au Haillan depuis le lendemain de la défaite contre Montpellier et les divulgations des Ultramarines. Depuis quelques jours, le message est de faire table rase de cette affaire et de se projeter sur la suite de la saison. Le club se veut positif. “On y croit jusqu’au bout, on veut que tout le monde se concentre sur l’objectif maintien, nous indique un membre de la direction. Dans l’adversité on a peut-être vécu un acte fondateur.”

Les dossiers Koscielny et Baysse

La direction sportive a rapidement fait part à Laurent Koscielny de son envie de se séparer de lui début janvier. L’international français est le plus gros salaire de l’effectif et son départ permet d’alléger la masse salariale du club et d’économiser cinq millions d’euros alors qu’il lui reste deux ans de contrat en option. Un accord est trouvé fin janvier. Le capitaine quitte l’effectif pro mais est nommé ambassadeur du club. “Laurent Koscielny continuera ainsi à mettre son expérience au service de l’institution.” Le défenseur central reste un salarié du club mais son départ de l’effectif permet à Admar Lopes de recruter d’autres joueurs, Bordeaux étant conditionné à vendre ou alléger ses salaires pour pouvoir recruter. En interne, le départ de Koscielny est mal vécu par beaucoup de ses coéquipiers.

Alors que la direction sportive lui reproche son manque de professionnalisme, le groupe s’inquiète de voir le traitement réservé à un cadre du vestaire. Actuellement Koscielny travaille toujours au club, il n’est d’ailleurs pas rare de le voir porter son costume lors des jours de match comme un salarié lambda. Touché par son éviction deux ans et demi après son arrivée, Koscielny n’a toujours pas indiqué s’il souhaitait poursuivre sa carrière. Autre joueur écarté au mois de janvier, Paul Baysse a lui été envoyé avec la réserve sans véritable justification. D’après nos sources, la direction reprochait à Baysse d’être en relation avec plusieurs médias. Irréprochable depuis plusieurs semaines avec la Nationale 3, l’ancien Niçois a réintégré le groupe pro pendant cette trêve hivernale à la demande des joueurs. Après un échange avec sa hiérarchie, David Guion a fait le choix de le faire revenir. Le joueur formé au club pourrait même débuter la partie contre Lille pour pallier plusieurs suspensions.

Le jeu dangereux avec les supporters

Cela a été le grand cheval de bataille des premiers jours de Gérard Lopez au club, reconquérir le cœur des Ultramarines, principal groupe de supporters à Bordeaux, qui anime le virage sud. En rupture totale avec Frédéric Longuépée, l’ancien président, les ultras sont vite devenus un enjeu majeur pour la nouvelle direction. Lopez a vite ciblé le besoin de s’appuyer sur des supporters qui n’ont jamais lâché leur club malgré des résultats en perte de vitesse depuis plusieurs saisons. Le besoin de reconnexion était vital. Avant sa prise de fonctions à Bordeaux, il est mis en relation avec Florian Brunet le porte-parole du groupe. Le feeling est immédiat, les Ultramarines se félicitent d’avoir un président qui connaît le football. A sa prise de fonctions, il met tout de suite en avant les supporters, réhabilite l’ancien logo du club, un des grands combats des fans des Girondins. Plusieurs fois, le président bordelais passe même au local de son groupe de supporters, sans prévenir, et échange. “Il a conquis tout le monde, confirme un membre du virage sud. On avait enfin un président connaisseur, qui savait de quoi il parlait et qui a considéré les supporters.”

Le soutien des supporters girondins a été infaillible tout au long de la saison. Malgré le limogeage de Petkovic, les claques reçues à Rennes et Reims, la dernière place, le public répond présent en nombre lors des déplacements pour soutenir son équipe. La relation entre le club et ses supporters est une des belles satisfactions de cette saison même si depuis quelques semaines, plusieurs sources font état de supporters qui sortent de leur rôle. Sur les réseaux sociaux, la communication pro-Lopez des ultras crée des tensions au sein même du groupe. Certains fustigeant le manque d’indépendance des Ultramarines. Lors de l’arrivée de Guion, un one to one est organisé avec Florian Brunet alors que le nouveau coach n’a pas encore donné un entretien dans les médias. L’affaire de “racisme” autour de Costil et Koscielny depuis démentie par les joueurs et les salariés alors que la direction a fait le choix pendant quelques jours de soutenir ses supporters avant de communiquer, a cristallisé les tensions.

Des salariés perdus

Lors de sa première prise de parole à son arrivée à Bordeaux fin juillet, Gérard Lopez ne s’était pas caché: “Il y a un changement culturel à opérer dans ce club et on va le faire.” Contrairement à son prédécesseur Frédéric Longuépée, aucun plan de départ n’a été prononcé sous l’ère Lopez mais l’ambiance de travail qu’on décrivait comme pesante sous l’ancienne direction n’a pas trop évolué. “Le message c’est soit tu es avec nous, soit tu es contre nous, il n’y a pas de juste milieu, lâche un salarié du club. Si la vision du projet est remise en cause, c’est vraiment difficile. Ce n’est pas forcément le tableau idéal qu’on nous peignait.” Au sein de la direction, ce genre de réaction n’étonne pas. “Le message du président lors de son arrivée a été un choc pour beaucoup.” Même si les nombreux membres du club ont été soulagés de conserver leur travail, la sérénité n’est pas revenue au Haillan.

Plusieurs exemples marquants ont frappé les esprits. Les jeunes joueurs du club qui ne peuvent plus passer devant le terrain des pros ou encore les éducateurs qui doivent demander l’autorisation pour assister aux séances de l’équipe. Le comité social et économique (CSE) du club s’est lui récemment mobilisé pour défendre Costil par un communiqué. Les absences de Gérard Lopez, souvent retenu aux Etats-Unis pour ses affaires, interrogent aussi en interne. “Mais c’est un non-sujet, analyse la direction. Quand le président a besoin d’être là, il vient.” Trois personnes gèrent le quotidien du club : Admar Lopes pour le sportif, Thomas Jacquemier le directeur général qui était au club sous Longuépée et qui a créé un vrai lien de confiance avec Lopez ainsi que James Stevens, le conseiller stratégique du président. Plusieurs salariés s’attendaient néanmoins à un autre style de management et à une ambiance de travail assainie pour relancer les Girondins.

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