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CARTE. Amérique du Sud, Etats-Unis, Inde, Europe… L’inflation frappe aux quatre pièces du monde, mais avec de fortes avancées selon les pays

Inflation en Espagne, inflazione en Italie, मुद्रा स्फ़ीति en Inde, inflation au Portugal et au Brésil, inflation aux États-Unis ou en Allemagne La France est loin d’être le seul pays où ce mot est sur toutes les lèvres depuis quelques mois. Car si les pays sont inégalement touchés, les prix s’envolent sur tous les continents.

Les espérances de l’inflation pour 2022 publiées par le Fonds monétaire international (FMI) dans son rapport d’avril dernier dressent un constat sans appel. Dans la vaste majorité des pays, l’augmentation des prix à la consommation devrait atteindre l’année un niveau bien supérieur aux 2 ou 2,5 % remplacés comme optimaux par les banques centrales. De manière générale, le FMI prévoit une inflation sur un an de 5,7 % dans les économies développées et de 8,7 % dans les pays émergents ou en développement.

Les chiffres observés depuis le début de l’année confirment l’ampleur de la hausse des prix prévue par le FMI. En mai, l’inflation a par exemple atteint 8,1% dans la zone euro, alors que le tableau FMI sur un taux de 5,3% pour 2022. Aux Etats-Unis, qui devait connaître une inflation de 7,7% , selon les mêmes consommateurs, les prix ont augmenté en avril de 8,3 % sur un an, selon les données du Bureau du travail américain.

Pour voir une telle situation au niveau mondial, il faut remonter à la fin des années 1970 et au début des années 1980″, explique Eric Heyer, directeur département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il rappelle toutefois que l’inflation était alors plus élevée que ce qu’elle est aujourd’hui, atteignant par exemple plus de 13 % en France ou aux États-Unis en 1980, selon la Banque mondiale.

A l’origine de la situation actuelle, une poignée de facteurs qui revêtent des importances différentes selon les pays. “L’inflation a commencé bien avant la guerre en Ukraine”, rappelle Eric Heyer. L’augmentation des prix a d’abord été alimentée par la reprise économique survenue en 2021 au lendemain de la crise sanitaire. La demande avait alors augmenté très vite sans que l’offre ne puisse suivre, menant à une envolée des prix.

L’inflation subie par les États-Unis est le résultat direct de ce choc de la demande post-Covid. Ssous le mandat Trump puis sous le mandat Biden, l“l’économie a été sur-stimulée par des plans de relance”, explique l’économiste Stéphanie Villers. L’envoi massif de chèques aux ménages américains a, par exemple, favorisé la surconsommation, provoquant un excès de demande par rapport à l’offre.

Cette inflation aurait pu n’être que transitoire si elle n’avait pas été alimentée, dans de nombreux pays, par d’autres facteurs. La reprise de l’épidémie de Covid-19 en Chine, dans un pays où l’Etat recourt à la stratégie dite du “zéro Covid”, a notamment mis un coup d’arrêt à la production intérieure. Ce qui a provoqué des conséquences en chaîne : un ralentissement des exportations, des circuits d’approvisionnement mondiaux perturbés, une offre dégradée et donc, au bout du compte, une augmentation des prix.

La guerre en Ukraine s’est ajoutée à ce contexte déjà délicat. En stoppant les exportations russes et ukrainiennes, notamment d’hydrocarbures ou de blé, le conflit a provoqué la flambée des prix de l’énergie et des denrées alimentaires.

C’est ce choc de l’offre qui explique la gravité de la crise de l’inflation subie par l’Europe. Sur le Vieux-Continent, la quasi-totalité des pays sont touchés, bien que ce soit de manière hétérogène. Alors que l’inflation devrait, selon les espérés du FMI, rester en 2022 sous la barre des 6 % au Portugal, en Espagne ou en Allemagne, certains pays pourraient se trouver encore plus dégradés, à l’instar du Royaume-Uni (7, 4%) ou de la Pologne (8,9%). Le taux d’inflation devrait même dépasser les 10% en Bulgarie ou en Lituanie. La Russie, quant à elle, paie le prix des sanctions occidentales très lourdes, et devrait enregistrer un taux d’inflation supérieur à 20 %.

Les conséquences de la guerre en Ukraine ne s’arrêtent pas aux portes de l’Europe et devraient également toucher de plein fouet les économies émergentes, comme l’Inde, pour laquelle le FMI prévoit un taux d’inflation de 6,1 % sur l’année, le Brésil (8,2%) ou l’Afrique du Sud (5,7%).

Pourquoi tant de traduits ? Parce que les pays dépendent inégalement des hydrocarbures russes et du commerce mondial. Mais aussi parce que les mesures prises pour freiner la hausse des prix varient d’un État à l’autre. “Si la France est relativement épargnée, c’est parce qu’elle est moins dépendante aux hydrocarbures du fait de son mix énergétique, et que le gouvernement a cherché à limiter la hausse des prix au lieu de distribuer des chèques”explique l’économiste Eric Heyer.

Pour certains pays, l’inflation résulte de causes plus structurelles. Mis à mal par une décennie de crise économique causée par la chute du prix du pétrole et de lourdes sanctions américaines, le Venezuela devrait afficher un taux d’inflation de 500 % pour l’année 2022, le plus élevé du monde. Un chiffre toutefois en baisse par rapport à 2020 (près de 3 000% selon le FMI) ou 2021 (près de 700%). Le Soudan, où l’inflation risque d’atteindre 245 %, lui paie le prix d’un coup d’État et du gel des aides internationales qui a suivi.

Ces situations difficiles se voient parfois aggravées par les événements récents. En Argentine, l’inflation est à deux chiffres depuis 2010, du fait d’une évaluation de la monnaie causée par un manque de confiance, des investissements frileux ou des années climatiques difficiles. Elle devrait cependant être encore accrue par la guerre en Ukraine et la hausse du prix des aliments, dépassant les 50 % selon les escomptes du FMI.

Conséquence de cette diversité de facteurs, la situation risque d’évoluer différemment selon les régions. Aux États-Unis, la Banque centrale a augmenté son taux d’intérêt pour réduire la dynamique de reprise. “Résultat, on commence à voir un essoufflement de la demande, après que l’inflation a atteint un pic à 8%”relève Stéphanie Villers.

En Europe en revanche, l’avenir est plus incertain. Guerre en Ukraine, évolution de la situation sanitaire en Chine, mesures prises par les gouvernements… Si la Banque centrale européenne (BCE) a déjà prévenu qu’elle relèverait ses taux d’intérêts en juillet, les inconnues restent nombreuses. “Le pic n’est probablement pas encore atteint”estime Stéphanie Villers. “Le scénario le plus probable est celui d’un retour à la normale, c’est-à-dire à une inflation autour des 2 %, vers la fin 2023“, prévoit Eric Heyer.

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