“Ça fait mal, c’est une page qui se tourne”

"Ça fait mal, c'est une page qui se tourne"
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Après 56 ans de concerts et de soirées enflammées, en présence de stars, le Bus Palladium, club emblématique du quartier de Pigalle, à Paris, ferme définitivement ses portes. L’annonce a été faite mi-février sur les réseaux sociaux. La dernière soirée est prévue ce samedi 2 avril.

Cette fermeture était dans les tuyaux depuis 2018 mais a été accélérée par la crise sanitaire. “Ça fait mal, c’est une page qui se tourne”, confie Cyril Bodin, directeur artistique de l’établissement depuis 12 ans.

Cyril Bodin, directeur artistique du Bus Palladium (MARINE PROTAIS)

Ouvert en 1965, le Bus Palladium est avant-tout une salle de concerts mythiques. Elle a vu passer les plus grandes stars du rock : Eddy Mitchell, Alain Bashung, Etienne Daho.

Mick Jagger a fêté son anniversaire, Salvador Dali a organisé un banquet à l’eau plate. Certains artistes lui ont même dédié des chansons, comme Serge Gainsbourg dans “Qui est dedans, qui est dehors”.

Rien que le nom, “Bus Palladium”, en dit long sur son histoire, explique Michel Guët, historien et guide du patrimoine dans le IXe arrondissement de Paris. “Le Palladium est une boîte de nuit, assez célèbre, qui se trouve à New-York. Et le bus, c’était surtout l’idée de pouvoir transporter des jeunes pour qu’ils viennent s’amuser dans un lieu. Des navettes ont notamment été organisés.”

Scène du Bus Palladium pour les concerts   (PROTAIS MARIN)

Michel Guët rappelle que dans les années 1965, était “l’époque des yéyés”celle où “la jeunesse devient une force sociale”.

Ce lieu de la nuit parisienne est si important qu’un groupe, que tout le monde connaît, s’y est reformé : Téléphone. Il avait déjà enregistré son premier 45 tours, en 1977, au Bus Palladium. Et le soir du 10 décembre 2013, alors que le groupe s’est séparé, les membres présentent ont tenu un tenu un concert improvisé. Cela reste le meilleur souvenir du directeur artistique de l’établissement.

“Corine Marienneau, la bassiste, n’était pas là ce soir-là, raconte Cyril Bodin. Donc c’étaient les garçons de Téléphone, les Insus.”

Louis Bertignac est arrivé à la dernière minute, au moment où Jean-Louis Aubert allait partir. Naturellement, ils sont allés sur scène et ont commencé à jouer “La bombe humaine”.

Cyril Bodin, directeur artistique du Bus Palladium

franceinfo

“Tout le monde s’est mis à pleurer, à se tenir le visage entre les mains”se souvient, ému, Cyril Bodin.

 16 mars 2010, Louis Bertignac lors d'un concert près de 30 ans après la fermeture du Bus Palladium (BENJAMIN LEMAIRE / MAXPPP)

En 56 ans, le club n’a pas désempli. Depuis 2010, il attire 1 000 à 1 500 personnes chaque vendredi et samedi soir, selon la direction. Parmi elles, Brian Scott. Ce chorégraphe américain, ancien maître de cérémonie du Crazy Horse, arrivé à Paris en 2006, se souvient très bien de ses premières soirées dans la capitale.

“On m’a emmenée dans tous les coins de Paris où les fêtards allaient, donc mes amis m’ont emmené au Bus Palladium. Je me souviens que j’étais un peu nerveux d’y entrer, parce que c’est un endroit où il n’y avait que des gens branchés. Mais finalement, j’étais là, et on a passé de très belles soirées.”

Escalier du Bus Palladium, menant à la salle de concert en sous-sol (MARINE PROTAIS)

Le club va devenir un hôtel, “plutôt luxe”, selon le directeur artistique, qui assure que le propriétaire des murs envisage d’y insérer une discothèque. Mais il faudra attendre la fin des travaux, dans deux ans, pour en avoir le coeur net.

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