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Avec la hausse des taux, se dirige-t-on vers un immobilier à deux vitesses dans la région ?

Crédit plus chers, banques exigeantes qui retoquent des dossiers, taux d’usure contraignant, déséquilibre persistant entre offre et demande, prix élevé : devenir propriétaire dans l’ex-Languedoc-Roussillon pourrait devenir de plus en plus difficile à l’avenir.

Faut-il s’inquiéter de la hausse des taux, de la santé du marché de l’immobilier et de la capacité des ménages à accéder à la propriété ? Les tensions se confirment sur un secteur jusqu’alors plutôt florissant, notamment dans l’ex-Languedoc-Roussillon.

En augmentant ce jeudi 21 juillet ses taux directeurs pour la première fois depuis 2011, en réponse à une inflation galopante, la Banque centrale européenne a confirmé la fin d’une longue période d’argent facilement accessible. Historiquement faibles avec une moyenne de 1,06 % en décembre dernier, les taux ne cessent depuis de remonter. En un semestre, ils ont augmenté de 0,4 à 0,7 % selon les banques et la tendance va se poursuivre.

Des banquiers plus exigeants, des refus plus nombreux

Conséquence : un accès au crédit plus difficile pour les particuliers. Un constat plus marqué dans l’ex-Languedoc-Roussillon, où le pouvoir d’achat est faible, où les prix de l’immobilier constaté et où les biens à vendre se font rares. Avec, au palmarès des villes les plus attractives suivies, Montpellier et Sète, juste après de Narbonne, puis Nîmes et enfin Béziers, Carcasonne et Perpignan.

“Les banquiers continuent à prêter mais deviennent plus exigeants sur les profils, explique Laurence Deschatrette, courtière officiante depuis 15 ans sur la place montpelliéraine. On commence à avoir des refus, principalement pour des profils d’investisseurs, ou pour des problèmes d’assurance pour des personnes plus âgées. Même des 40-45 ans qui n’ont pas de problème de santé et ont de bons dossiers se retrouvent confrontés à des problèmes usuraires”.

Des soucis pour les acheteurs sans apport

Car un autre phénomène impacte le marché : le taux d’usure, censé protéger les acheteurs. Seuil du coût total du crédit (intégrant intérêts, assurances de prêt, garanties, frais de dossier et d’intermédiation) au-delà de la banque ne peut plus octroyer de crédit, il est fixé chaque trimestre par la Banque de France. Ou sa hausse, limitée lors de sa révision ce 1er juillet, n’est pas en corrélation avec la hausse des taux d’intérêt constatée, entraînant des refus de prêt.

“Pour l’instant, les dossiers car passent les banquiers ont besoin d’apports de clients. Mais dans les six mois qui viennent, on aura une inadéquation entre les capacités d’emprunt et les prix du marché”, prévient Laurence Deschatrette. “Un bon dossier il y a trois mois ne l’est plus aujourd’hui, renchérit Dominique Pellier, agent immobilier chez ArthurImmo. Toute une tranche de notre population, celle qui n’a pas d’apport, ne pourra bientôt plus acheter. C ‘est le paradoxe d’une région pauvre comme la nôtre, avec des prix élevés, des acquéreurs nombreux, peu de biens à la vente et des banques qui appliquent des conditions de plus en plus drastiques. Cela va accentuer le fossé entre la classe des richesses et celles des pauvres”.

Vers une discrimination dans l’accès au crédit ?

Pourtant, la période reste favorable pour acheter. Même s’ils présentent les 2 % à la fin de l’année, les taux de crédit restent bon marché, loin des taux de 3 % de 2014, de 6 % en 2001 et a fortiori de… 16 % de 1980, au lendemain des deux chocs pétroliers.

Et ils restent inférieurs à l’inflation. “On est toujours sur un marché dynamique dans la région”, analyse Jérôme Feriaud, président de la chambre des notaires du Gard, qui constate un volume de transactions à la hausse au premier trimestre, plus tassé depuis avril-mai, à l’image des prix. “Tout le monde est très attentif à la suite. On va vers une période où le marché de l’immobilier est moins florissant”, ajoute-t-il, évoquant “une discrimination dans l’accès au crédit si le taux d’usure ne monte pas”.

Avec son grand nombre de résidences secondaires, Hérault et Pyrénées-Orientales en tête, l’ex-Languedoc-Roussillon ne sera peut-être pas, à l’avenir, une grande région de propriétaires. “En 2007, le candidat Sarkozy avait dit qu’il voulait une France de propriétaires, rappelle Bertrand Malquier, président de la Fnaim Languedoc-Roussillon. C’est aujourd’hui une utopie. Le marché a augmenté plus fortement que le pouvoir d’ achat des ménages. Et avec la hausse des taux…”

Vers la fin de la flambée des prix

Après un premier semestre 2022 marqué par une légère hausse des prix dans l’ex-Languedoc-Roussillon, la courbe s’infléchit. “La flambée des prix, c’est fini, constate Bernard Malquier. Depuis quelques semaines, on observe un ralentissement de la hausse. La désinflation devrait s’accélérer. On n’a plus d’augmentation forte comme en 2020 et en 2021, à l’exception de Sète” Mais les prix restent à des niveaux élevés, parfois jusqu’à 8 000€ le mètre carré. Ils devraient y rester tant que l’offre sera à ce point supérieur à la demande.

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