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Après quatre mois de grève, les salariés de Dassault vont aussi bénéficier de « l’effet Rafale »

Chez Dassault, on a l’habitude de souligner que « l’aéronautique est cyclique », et qu’il vaut mieux fonctionner avec deux moteurs (de croissance) : l’un civil, l’autre militaire. « Généralement, quand l’un va moins bien, l’autre prend le relais » confirme Anthony Dupuy, délégué syndical CGT du site Dassault de Mérignac.

Chose assez rare, les carnets de commandes des deux fleurons de l’industriel, l’avion d’affaires Falcon, et l’avion de chasse Rafale, sont tous les deux pleins en ce moment. Le Rafale particulièrement, enchaîne les succès commerciaux avec notamment plus de 290 appareils commandés à l’étranger ces six dernières années, de la part de huit pays.

Parmi les récents succès commerciaux, Dassault a vendu à la Grèce six Rafale supplémentaires en mars dernier, après un premier accord portant sur dix-huit appareils (douze d’occasion et six neufs) signé en 2021. En février, c’est avec l ‘Indonésie que l’avionneur signait un contrat portant sur 42 Rafale. La France a de son côté commandé douze appareils supplémentaires, notamment pour compenser les douze qui ont été prélevés sur le contingent de l’Armée française en faveur de la Grèce.

« Les salariés se sont sentis lésés »

Tandis que le tableau de chasse de l’appareil ne cesse de se remplir, « et que les salariés n’ont jamais faibli, y compris durant la pandémie où il n’y a eu aucun retard de livraison », souligne le syndicaliste, « les NAO [négociations annuelles obligatoires] ont remplacé sur 0 % d’augmentation en 2020, et 0,5 % en 2021, ce qui a fini de mettre le feu aux poudres. » « Les salariés se sont sentis lésés. »

En décembre, un conflit social « inédit » éclatait au sein de neuf sites de Dassault en France, portant sur des revalorisations salariales. Suivi par 70 % des salariés, « uniquement les compagnons qui produisent », ce mouvement a attribué, vendredi dernier, sur un accord « historique », signé par les trois syndicats CGT, CFDT et FO. Il prévoit notamment une hausse minimum de 140 euros brut par mois (107 euros net), indexée sur l’ancienneté, sur 13 mois du salaire de base des personnels non-cadres, soit 1.820 euros par an.

Blocage des appareils en sortie d’usine

« Il nous reste un petit goût amer, car on réclamait 200 euros brut de revalorisation, mais c’est une vraie victoire pour les salariés, on n’avait jamais obtenu autant d’avancées sur un seul conflit » se réjouit Anthony Dupuy. Quelque 500 salariés, sur les 2.600 personnes des sites de Mérignac et Martignas, bénéficieront de ces revalorisations.

Entre grèves perlées pour « ralentir la production » et bloquer des appareils en sortie d’usine, le site de Mérignac s’est retrouvé au cœur du conflit. « C’est ici que l’on reçoit les tronçons d’avions, qui arrivent de Martignas, Argenteuil, Biarritz, pour effectuer l’assemblage final des appareils » résume Anthony Dupuy. L’usine étant collée aux pistes de l’aéroport, les avions sortis des chaînes de fabrication partent ensuite directement en vol d’essai, avant réception par le client, comme le Quatar et la Grèce en ce moment en ce qui concerne le Rafale.

Vers une cadence de deux Rafale par mois

Cette grève avait fait chuter la cadence de fabrication à 1,5 Rafale par mois, alors que l’usine était montée à deux par mois depuis 2021 pour satisfaire un carnet de commandes « plein pour les quinze prochaines années. » Une centaine de personnes supplémentaires doivent être embauchées sur le site de Mérignac, en vue de poursuivre la montée en puissance. Il est prévu que tous les avions soient fabriqués en France, « même si dans certains contrats, notamment avec l’Inde, certaines parties d’avions seront sous-traitées » précise Anthony Dupuy. Le site de Mérignac effectue également la formation de certains pilotes étrangers, avant leur prise en main de l’appareil.

La prudence de Dassault repose peut-être sur le fait qu’il aura tout de même dû attendre 2015 pour que l’avion de chasse connaisse ses premiers succès à l’export, avec l’Egypte (24 avions), le Qatar (36 ) puis l’Inde l’année suivante (36). Si le Rafale a perdu des appels d’offres en Suisse et en Finlande où le F-35 américain lui a été préféré, l’avionneur compte bien voir plusieurs prospects se concrétiser prochainement, notamment à nouveau auprès de l’Inde.

Actuellement, Dassault fabrique la version F-4, le nouveau standard du Rafale, d’une valeur d’environ 100 millions d’euros l’unité. L’appareil de 10 tonnes est le seul à pouvoir emporter 1,5 fois son poids en armements et carburant. Considéré comme « discret » avec une faible signature radar grâce aux matériaux composites, il peut voler à Mach 1,8 (2.200 km/h) et décoller sur 400 mètres, avec un rayon d’action à haute altitude de 1.850 km.

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