Après dix années de crise, le mea culpa du président de Deutsche Bank

Après dix années de crise, le mea culpa du président de Deutsche Bank
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Il n’est pas si fréquent que les dirigeants de grandes entreprises avouent, au moment de passer la main, s’être beaucoup trompés, de longues années durant. Paul Achleitner, le président du conseil de surveillance de la première banque allemande, Deutsche Bank, s’est ainsi livré, jeudi 19 mai, devant les actionnaires réunis en assemblée générale, à un singulier mea culpa.

Le banquier ne pouvait certes pas quitter l’institution en passant sous silence les scandales financiers, les pertes abyssales, les restructurations au prix de suppressions massives de postes, qui ont rythmé ses deux mandats, ces dix dernières années. De longs épisodes de crise dus en partie à la politique d’expansion débridée menés sous l’ère du charismatique patron suisse Josef Ackermann, parti en 2012, puis aux errements stratégiques depuis.

Dans ce qu’il qualifie d« auto-évaluation honnête »M. Achleitner affirme qu’à son arrivée, en 2012, la banque à « surestimé » sa condition. « La force apparente avec laquelle Deutsche Bank était sortie de la crise financière [de 2008] »cette « image exagérément bonne de soi » enfin « fait obstacle à un changement nécessaire ». « Qui aurait pensé à l’époque, at-il lancéque nous demandons à rembourser des milliards d’euros au fil des années en frais de justice, pénalités et paiements à l’amiable » ous « que nous allions réduire le bilan de Deutsche Bank de près de 1 000 milliards d’euros au cours des dix années à venir » ?

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Redressement récent

Deutsche Bank est bel et bien devenu au cours de cette décennie le maillon faible le plus préoccupant du secteur bancaire. « Deutsche Bank est sur un toboggan, la seule question qui nous inquiète est de savoir s’il y a du sable en dessous », résumé au mitan des années 2010 le patron d’un autre géant bancaire européen. Le Fonds monétaire international (FMI) qualifiait même en 2016 la banque allemande de principal facteur de risque du système financier mondial.

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« Je ne nierai pas que le chemin n’a pas toujours été rectilignea glissé Paul Achleitner, que plusieurs fonds d’investissement et des petits porteurs ont été appelés à réfléchir à sa succession. Certaines choses qui étaient censées constituer une solution ont en fait aggravé le problème. Des erreurs ont été commises, et oui, j’en ai fait, moi aussi. » Mais, enfin, Deutsche Bank « est restée une institution indépendante et a les meilleures chances de le rester ».

Cette confession a été facilitée par le tout récent redressement de la banque. En 2021, elle a publié ses meilleurs résultats depuis 2011. « Aurions-nous aimé faire ces progrès plus tôt ? Sans aucun doute »a déclaré le dirigeant. « Suis-je satisfait par rapport à ce que j’imaginais il y a dix ans ? Non, je ne le suis pas. » Les actionnaires et les salariés de Deutsche Bank non plus.

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